LA POULE DES CHAMPS, FESTIVAL À GUICHET FERMÉ

Quand la Poule des Champs s’est lancée il y a 12 ans à Aubérive on a pu croire à une fête de patronage, plus joliment nommée ici qu’ailleurs. C’était compter sans la conviction et le professionnalisme des organisateurs. Une bande de copains sortis de l’adolescence depuis peu, et surtout passionnés de musique. Jérémy Dravigny co-dirigeait déja les opérations au sein de l’Association Alba Riva. A trente deux ans il garde la tête froide malgré l’incroyable succés de son festival. Sa déja longue et fructueuse expérience, doublée d’une maîtrise « spectacle et communication », lui permet aujourd’hui de créer sa propre société de production. Mais s’il est là, c’est d’abord pour parler de la Poule des Champs. La jauge des 3000 réservations par soirée est régulièrement atteinte bien avant ce week end tant attendu de la mi Septembre. Brigitte, Louis Bertignac, Manu Chao, Zazie….Les trés grands qui ont fait l’affiche sont toujours ravis d’être venus et ils promettent de recommmencer,  pour l’accueil que leur réservent les 140 bénévoles, pour l’ambiance et pour le public qui déferle sur ce village de 240 habitants

Ceux qui n’ont pas su anticiper le regretteront.  Comme pour les éditions qui l’ont précédées,  les 3000 places des 2 concerts 2017, vendredi et samedi, sont réservées depuis plusieurs semaines. Ce succés s’explique par l’affiche toujours prometteuse du festival, mais aussi par  la gestion prudente  et efficace des 15 administrateurs d’Alba Riva. Le noyau dur du début est toujours là . Six ou sept jeunes qui ont eu l’envie voilà 12 ans d’animer leur village au-delà du concours de belote ou de pétanque. Aprés une première édition dans la cour de l’ancienne l’école pour 330 spectateurs, puis sous un châpiteau en face de la mairie, la Poule des Champs s’est installée 5 ans plus tard  sur un terrain en dehors du village. « On avait envie de faire venir les gens à Aubérive plutôt que d’aller ailleurs pour écouter la musique qu’on aimait, dit Jérémy Dravigny. On voulait montrer qu’il pouvait se passer des choses dans un petit village de 160 habitants à l’époque. On s’est intéressé à tous les styles de musique, à des groupes régionaux venus d’ailleurs. On ne s’interdit rien mais on ne prend pas de risques déraisonnables, on travaille sérieusement , mais sans se prendre au sérieux. »

UNE LEÇON DE COHÉSION

Les élus se sont d’abord inquiétés de tant d’audace, redoutant un revers financier pour ces organisateurs débutants. Mais le succés de la première édition a rassuré tout le monde. Aujourd’hui la Poule des Champs fait l’admiration des anciens, les grand-mères cordons bleus de plus de 80 ans préparent les repas pour les bénévoles, jusqu’à 70 couverts au plus fort de la mobilisation . En contrepartie, les cuisinières ont un accès  gratuit aux deux concerts qu’elle ne ratent jamais. Les petits de 8 ans sont impatients  d’en avoir 12 pour pouvoir participer. Les adultes posent leur semaine de congés pour assurer une logistique phénoménale. « Dans les huit jours qui précèdent, c’est énorme, commente  le maire Pascal Lorin. Une vraie ruche. Depuis 15 ans, j’ai la chance d’être l’élu d’un petit village où l’entente est historiquement trés forte. La Poule des Champs fonctionne grâce à cette cohésion et elle l’a renforcée. Septembre est une période agitée à Aubérive,  mais je n’ai jamais reçu de réclamation, même parmi ceux qui ne peuvent pas participer pour des raisons personnelles. C’est quand même étonnant. La grande difficulté  pour nous c’est de gérer tous les déçus qu’on est obligé de refouler parce que c’est complet. »

 

 

UN MODÈLE DE GESTION

La  bonne ambiance du village est le terreau d’une organisation avant tout conviviale, mais trés rigoureuse . « On ne s’interdit rien mais on ne prend pas de risques déraisonnables, on travaille sérieusement, mais sans se prendre au sérieux commente Jérémy Dravigny. Notre grande fierté à la Poule des Champs c’est de se sentir libre. Nous n’avons pas de salariés, donc pas de risque d’un couperet économique qui nous pousserait à des compromis pour sauver  nos emplois. » La Poule des Champs a su faire sauter les verrous du show bizz . Un Manu Chiao est capable de  diviser son cachet par 4 pour  se produire à Aubérive, il  accepte de passer une demi heure avec les bénévoles  pour finalement rester bien plus longtemps et il se dit prêt à recommencer. Le bouche à oreille fonctionne dans le milieu.  Les producteurs savent que les gros budgets  sont ailleurs mais  le mois de Septembre est une période creuse et l’expérience de ce petit festival  qui ne ressemble à aucun autre est tentant pour les chanteurs. Zazie était à l’affiche l’an passé, Matmahta et Tryo ont accepté trés vite cette année. Tous les bénévoles qui croisent les artistes sont valorisés par ce qu’ils font et les artistes apprécient, ils jouent le jeu. La mission culturelle de la Poule des Champs s’est doublée d’un volet social au fil des années. « On fait de la politique sans être des politiques parce qu’on est dans une dynamique collective.  Les gens se connaissent, se respectent, les jeunes approchent tous les métiers, ils participent à des ateliers de slams en marge du festival. » La démarche de cet éco festival avant l’heure est bien comprise. Le Prix Gauby Lagauche, qui valorise l’amélioration des conditions de vie en milieu rural, est venu la récompenser en 2013. Pas étonnant que les partenaires cautionnent l’association. Ils sont informés  en détail des projets et bilans d’Alba Riva. Le financement du budget de 330 000 euros est privé pour 43% , public pour 15%. Le bar et la billetterie apportent le reste avec des place à 20 euros, ou 35 pour les 2 soirées.

Images JOËL DERA PHOTOGRAPHIES

 

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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