SOIRÉE PSYCHÉDÉLIQUE ET MORTELLE

Maxime avait 25 ans quand il a perdu la vie, le 5 Octobre 2014. Ce brillant ingénieur participait à la soirée « Translucid II » organisée à Boves, prés d’Amiens, par l’association ADN, Art et Distorsion Numérique. Aprés avoir consommé la drogue qu’on lui a proposée sur place le jeune homme a perdu tout discernement. Au point de  monter sur une voie ferrée pour tenter d’arrêter un train de marchandise qui roulait à 30 km/heure, non loin du site où se déroulait la fête. Le conducteur de la locomotive n’a pas pu arrêter son engin. Maxime a été percuté de plein fouet. Il est mort sur le coup. Ses parents sont commercants à Reims. Ils ont porté plainte contre X pour homicide involontaire. Ils veulent que les responsabilités du décès de leur fils soient établies, parmi les  pourvoyeurs de drogue et parmi les organisateurs  de la soirée. Pour que de tels drames ne se reproduisent plus, pour empêcher la banalisation de ces pratiques à haut risque. L’enquête qui a connu des temps morts est aujourd’hui réactivée, mais elle n’a toujours pas abouti. Parce que la matière est opaque et fuyante.

Maxime est arrivé de Paris par le train avec ses amis pour participer à cette soirée psytrance. Largement promu sur le net, l’évènement Translucid II promettait, après le succès de Translucid I et moyennant 20 euros, « une édition  encore plus folle avec deux scènes non stop pendant 20 heures autour du thème des Mystères d’Euleusis : un voyage entre monde inférieur et monde supérieur jusqu’aux portes de la connaissance. Il s’agira de vous faire voyager dans les différentes strates psychédéliques de la psytrance, de connecter les différents sous genres de la psytrance, ….une expérience par la musique ». Pour les initiés, le programme est alléchant. Les autres peuvent être tentés d’aller voir, parce que l’organisateur a pignon sur rue, ce qui est rassurant, et parce que la soirée n’a rien d’une rave party sauvage.

BAD TRIP…

Maxime n’était pas un habitué de ces évènements, c’était une découverte pour lui. Savait-il que ces musiques psychédéliques sont  conçues pour fonctionner « sous produit », LSD ou acide, pour que l’expérience soit tout à fait réussie ? Toujours est-il qu’il a accepté ce soir là de tester cette « goutte » vendue 10 euros et déposée sur la langue, à la chaîne, avec tous les arguments pour convaincre, et des promesses de nirvana. Maxime a mal supporté cette première. La goutte était en fait de la NBOMe, une drogue qui ressemble à la cocaïne, très difficile à doser parce qu’elle est active dès le microgramme. Cette nouvelle substance psychoactive apparue depuis 3 ans est une arnaque aux hallucinogènes. Une jeune anglaise est morte d’en avoir consommé en Juin dernier. Souvent  vendue pour du LSD elle peut aussi provoquer une paranoïa.

 

…ET DÉFAILLANCES FATALES

Maxime, lui, s’en est d’abord pris au DJ cette nuit là, montant sur la scène pour débrancher la sono, peut-être parce qu’il ne la supportait plus… et puis il est parti. Il aurait fallu  l’en empêcher, le recadrer, mais les « toxicologues » et autres « services sanitaires » officiellement déployés pour la sécurité du site cette nuit là étaient débordés. Ils étaient tous mobilisés sur la recherche d’un participant  qui s’était évaporé  depuis deux heures. Et d’ailleurs, comment avoir l’œil sur des centaines de personnes quand les effectifs dépassent largement ce qui était prévu  ? Comme pour renforcer son positionnement d’organisateur clean et sérieux sur la scène du psychédélique, ADN a comme d’habitude multiplié les messages de prudence sur le net. Avant et plus encore après le drame, parfois qualifié  de péripétie dans les commentaires. Car outre le décès de Maxime,  les 3 stands de prévention ont du faire face à une quinzaine de bad trip. D’où cette consigne moralisatrice  : « Faites attention à ce que vous prenez, prenez soin les uns des autres ». Mais cette précaution ne suffit pas à dédouaner les organisateurs aux yeux des parents de Maxime et de Simon Miravete, leur avocat. La plainte qu’ils ont déposée pour homicide involontaire fait l’objet d’une enquête préliminaire suivie de très près par le Procureur de la République d’Amiens, Alexandre de Bosschère, dans le cadre particulier du Bureau des Enquêtes du TGI. Toute une série d’actes  ont été demandés pour caractériser les infractions. Ce qui dans la nébuleuse psychédélique, n’est pas chose aisée. Une ou plusieurs personnes, organisateur ou fournisseur des stupéfiants peuvent être à l’origine de ce dénouement tragique.

UNE HYPOCRISIE RÉVOLTANTE

Trois ans après le drame qui les a frappés, les parents de Maxime  ont besoin que la justice s’intéresse à la manière dont ces soirées  sont organisées. Personne n’en  ignore les dangers puisque des associations sont mobilisées sur  place pour limiter les risques de la  consommation de ces drogues. A Boves cette hypocrisie a été poussée jusqu’à une mort dont personne ne serait responsable. Et d’ailleurs personne n’a été vraiment inquiété jusqu’à présent. « Parce que, dit le Procureur d’Amiens,  les liens de causalité doivent être établis de façon certaine entre le fautes commises et le décès ». C’est difficile, mais la mère de Maxime ne peut pas en rester là. Elle veut alerter les familles et surtout les jeunes sur les risques de ces manifestations, y compris dans les soirées  étudiantes où la consommation de produits souvent frelatés et trés dangereux est devenue ôbanale. Elle attend que la justice vienne appuyer son combat pour dénoncer les codes mensongers et dangereusement trompeurs de ces fêtes. « Parce qu’on devrait avoir le droit  de se lâcher sans en mourir. »

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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