FOUJITA LE MAGICIEN

S’approcher de l’œuvre de Foujita, c’est être indéfiniment surpris par la diversité de son talent. Cinquante ans après sa mort, la consécration de l’artiste franco-japonais est acquise, mais on ne finit jamais de le découvrir. En témoigne l’exposition dédiée cette fois à l’artiste du livre, Bibliothèque Carnégie de Reims. On est à quelques mètres de la Cathédrale où Foujita s’est converti au catholicisme après avoir été touché par la grâce, à la faveur d’une visite de la Basilique Saint Rémi quelques mois plus tôt. De son amitié avec René Lalou, qui dirigeait alors les champagnes  Mumm, est née la chapelle Notre Dame de la Paix, dans les jardins de l’entreprise rémoise. Elle a été conçue et décorée par l’artiste deux ans avant sa mort dans un classicisme revendiqué, pour échapper aux modes. Foujita est donc à Reims comme chez lui. D’autant que ses héritiers ont fait don de près de 700 de ses œuvres à la ville qui prétend devenir au fil des ans un site de référence pour la valorisation de l’œuvre  de l’artiste. L’exposition « Foujita artiste du livre » concrétise cette dynamique. Depuis 10 ans, la bibliothèque Carnegie s’efforce d’acquérir les livres illustrés par Foujita. Une soixantaine de pièces ont ainsi enrichi une collection presque exhaustive, à une dizaine d’ouvrages près. Joyau parmi les joyaux,  un des 300 exemplaires de la Rivière Enchantée consacré à Paris et récemment acquis aux enchères pour un montant de 42 000 Euros. C’est d’ailleurs cet ouvrage qui servira de trait d’union à l’exposition Foujita du Musée des Beaux Arts de Reims en Novembre prochain, puisque les dessins préparatoires du livre figurent dans la donation. A la faveur de l’année Foujita, qui marque le cinquantenaire de la mort de l’artiste (1886-1968), des dizaines de manifestations sont annoncées à Reims dans les mois qui viennent dont l’officialisation du jumelage avec Nagoya en Mai.
En attendant, c’est Carnegie qui ouvre les festivités, car cette exposition présentée dans un des joyaux de l’Art Déco rémois, est bien une fête. Les boiseries, parquet, marqueterie de la salle qui lui est consacrée sont l’écrin d’une collection fascinante. Elle  raconte l’évolution du style de Foujita autant que l’incroyable diversité d’un artiste qui s’appropriait toutes les formes de créations jusqu’à creuser le bois ou le cuivre de ses gravures. Les prêts de la Maison Atelier de Foujita, à Villers-au-Bac dans l’Essone, en témoignent. Foujita a illustré son premier livre en 1919, le dernier en 1964. Le lien   entre l’Orient et la sensualité l’Occident est omniprésent dans ses illustrations, entre la délicatesse du Japon et la sensualité du Paris des Années Folles où il a côtoyé les artistes et écrivains les plus en vue. Modigliani, Cocteau, Loti, Claudel ont été ses amis 
L’exposition est enrichie d’une vidéo du Baptême de Foujita à la Cathédrale. Elle a reçu le soutien des Apprentis d’Auteuil qui sont les bénéficiaires, par la volonté de la veuve de Foujita,  de tous les droits de l’artiste. Les 700 œuvres  de Foujita confiées à la Ville de Reims par ses héritiers seront exposés dans une salle dédiée de 240 M2 au futur Musée des Beaux Arts  dans sa version agrandie et rénovée, mais pas avant 5 où 6 ans.  
FOUJITA ARTISTE DU LIVRE, jusqu’au 12Janvier 2010 BIBLIOTHÈQUE CARNEGIE

 

 

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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