HABITS DE LUMIÈRES, UNE DYNAMIQUE TOUTE CHAMPENOISE

 

Attirer 50 000 spectateurs sur un seul week end et en plein mois de Décembre, c’est une prouesse dont la ville d’Epernay s’est fait une spécialité avec ses  Habits de Lumières. C’est une fête lumineuse, populaire et gaie. Le champagne y coule à flot, c’est vrai, puisque les cours d’honneur de chacune des maisons de l’Avenue de Champagne sont exceptionnellement ouvertes au public pour devenir des lieux de dégustation          (payante). L’édition  2018 sera lancée le 14 décembre. Retour, en attendant, sur une saga qui approche de sa vingtième année.  

Le troisième millénaire n’était plus très loin. Les maisons de champagne attendaient de la mairie d’Epernay qu’elle embellisse l’avenue qui porte leur nom. « Elle avait été refaite vingt ans plus tôt, et plutôt mal. On nous répondait que c’était l’avenue du négoce et que le négoce devait payer » se souvient Hubert de Billy, un des dirigeants de la maison Pol Roger. « Et le négoce estimait  de son côté qu’il payait assez d’impôts pour en avoir les retours. » Plutôt que de ne rien faire les maisons  se sont regroupées au sein d’un « Comité de l’Avenue de Champagne« .

FAIRE BOUGER LES LIGNES

L’objectif était d’entamer une réflexion autour d’un évènement festif qui saurait mettre l’avenue mythique en valeur… en attendant mieux. Il fallait l’organiser en hiver, au creux de la fréquentation touristique, à un moment où le vignoble est en sommeil. Après le Téléthon bien sûr, avant Noël pour annoncer les fêtes de fin d’année, et en mettant de la chaleur dans la rue. Voilà comment, en s’inspirant d’un festival qui existait déjà à Cahors, Paul François Vranken a proposé une manifestation en plein air pensée autour de la lumière et de la vidéo. Le nom était tout trouvé. Les premiers « Habits de Lumière », en décembre  2000,  ont duré 8 jours, et 15 pour les suivants ! Chaque maison de champagne avait confié la création de son animation propre à un scénariste unique, garant de la cohérence du festival. « Le succès a dépassé toutes nos espérances, raconte Hubert deBilly (aujourd’hui à la tête du Comité de l’Avenue de Champagne), au point qu’on a dû passer les rennes à la mairie au bout de 5 ans. Nous n’avions plus la carrure pour maîtriser les problèmes de sécurité, de circulation et toute la logistique des animations.  Mais on avait a réussi à montrer que c’était faisable, que ça marchait, que le grand public était là, et même des gens qui n’étaient pas reçus par les maisons. L’arrivée de Franck Leroy à la mairie a marqué un grand tournant parce qu’il a compris que l’Avenue de Champagne n’appartenait pas au négoce mais à tous les sparnaciens. Il en a fait un vecteur de communication pour la ville en attirant des touristes qui n’auraient jamais pensé à venir à ce moment là. » Les travaux d’embellissement ont suivi. Le classement de l’avenue au patrimoine de l’UNESCO en 2015 n’en était que plus mérité.

TOUS GAGNANTS

Le succès des Habits de Lumière force aujourd’hui l’admiration pour ne pas dire l’envie des élus qui rêvent tous d’inventer un évènement capable de fédérer à ce point leurs administrés. Les touristes y viennent de plus en plus nombreux, mais la fréquentation reste champenoise à 80%. L’alchimie sparnacienne tient au fait que ce festival implique tout le monde. Le public d’abord qui  en prend plein les yeux dès la parade* d’ouverture. Elle s’accompagne de toutes sortes d’animations prises en charge par la Mairie sur 3 jours. Les spectateurs sont ainsi conduits jusqu’aux maisons du négoce. Elles ouvrent leurs cours pour les accueillir avec des bars à champagne, évidemment, mais des food trucks,  des bars à huître, des crêperies….et des orchestres pour faire vraiment la fête. Les négociants profitent de l’occasion pour dérouler le tapis rouge à des invités de marques, à leurs amis mais surtout à leurs fournisseurs de raisins. Les vignerons apprécient d’être accueillis en partenaires. C’est une façon de les fidéliser, et pour les marques, de garantir leurs approvisionnements en qualité et en quantité. Les spectacles se terminent autour de 21 heures, ce qui fait que les restaurants affichent tous complets, comme les hôtels. Les traiteurs sont évidemment très sollicités eux aussi. Le programme s’enchaîne le samedi sur les « Habits de Saveurs », des ateliers gastronomiques, même pour les enfants, animés par les meilleurs chefs de la région. La parade automobile du dimanche (400 véhicules d’exception cette année) achève de  retenir le visiteur dans la capitale du champagne une journée de plus. C’était bien le but, il est atteint. Les festivités profitent à tous. Derrière la magie des Habits de Lumière se cache en réalité  le dynamisme  historique des champenois.  Leur incroyable succès vient rappeler que le mérite de la prospérité de la Champagne revient bien à ses pionniers, aujourd’hui comme hier.

*Le programmes complet des Habits de Lumière est à découvrir sur http://habitsdelumiere.epernay.fr

 

 

 

 

 

 

 

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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