LES FEMMES DE PHILIPPE GILLET, FRAPPÉES PAR LE DESTIN OU PAR SA VIOLENCE

L’épouse de Philippe Gillet aurait été mortellement blessée par la chute d’une vache dans l’étable de leur ferme de Margut le 3 Janvier 2012. Anaïs Guillaume, la jeune maîtresse de l’agriculteur ardennais, se serait  mystérieusement évaporée en pleine nuit  aprés d’inoubliables ébats amoureux le 16 Avril 2013. C’est ce qu’affirme Philippe Gillet. Les destins tragiques de ces femmes lui valent pourtant d’être accusé de deux crimes. Son procés devant les  Assises des Ardennes durera 8 jours.

 

Quand il entre dans le box des accusées Philippe Gillet fait face aux jurés puis à l’assistance sans jamais baisser les yeux. Philippe GIllet n’a peur de personne parce qu’il est innocent. Imprégnés d’un authentique accent ardennais, les premiers mots de cet homme corpulent viennent le rappeler avec fermeté, et sans appel : il n’a rien a voir dans la mort de son épouse ni dans la disparition d’Anaïs, une toxicomane qui a 23 ans aurait été contrainte  d’aller refaire sa vie à l’étranger pour échapper à ses dettes. Philippe GIllet fabrique sa vérité mais le faisceau de présomptions qui accuse l’agriculteur de Margut  reste trés lourd. S’y ajoutent des preuves matérielles accablantes, mais trop rares dans ce dossier.

UNE LIAISON CHAOTIQUE

Entre Anaïs Guillaume et Philippe Gillet, de vingt ans son ainé, les relations n’ont jamais été simples. Ils étaient amants avant même l’étrange décès de l’épouse et l’un comme l’autre ne s’interdisaient pas les incartades. La jeune femme vouait une passion à l’équitation. Elle avait mis ses deux chevaux en pâture sur les terres de l’agriculteur de Margut dont elle était l’employée. Quelques jours avant de disparaître, Anaïs Guillaume avait avorté de l’enfant qu’elle portait de lui. Elle avait un autre amant et venait d’annoncer à Philippe Gillet qu’elle voulait le quitter, prendre son autonomie. Ce soir du 16 Avril 2013 il n’en est pas moin venu la rechercher, chez les Launois, des voisins et amis d’Anaïs. Elle avait des problèmes avec sa voiture, il avait une Clio à lui proposer. Il voulait la convaincre de venir la voir sur la ferme de Margut. Il était bien  au delà de 23 heures, un peu tard  pour essayer une voiture. Elle y est allée à reculons, mais elle a fini par céder. Et plus personne ne l’a jamais revue. Sa Starlet Toyota a été a été retrouvée 3 jours plus tard en Belgique, calcinée et sans plaque d’immatriculation, prés de la frontière dans la forêt de Chameleux. On est à 10 km de la chambre où Anaïs serait retombée dans les bras de Philippe Gillet avant de quitter les lieux en pleine nuit, pendant qu’il dormait d’un sommeil qu’il a toujours eu très profond. Voilà le récit qu’il a fait des dernières heures de leur liaison. Aucune trace d’Anaïs, vivante ou morte, n’a été retrouvée depuis. Les investigations minutieuses du Major Turk, directeur d’enquête de la Section de Recherche de la Gendarmerie de Reims, ont tout de même débouché sur des indices intrigants…ou accablants selon les cas. C’est ainsi que siège de la voiture d’Anaïs a été retrouvé à une distance des pédales de commande  qui lui aurait rendu la conduite très difficile, sinon impossible sur plusieurs km. La jeune femme avait pris un rendez vous  quelques jours plus tard à l’hôpital de Sedan pour le suivi de son avortement médicamenteux, réservé deux places de concerts pour le 18 Mai, fait une commande de jeu sexuels, écrit son bonheur amoureux dans un poème. Rien qui ne colle avec un projet de fuite. Elle avait par ailleurs refusé des relations avec son jeune amant quelques heures avant sa disparition, invoquant des douleurs de cavalière. Elle était en réalité empêchée  par  les suites d’un avortement médicamenteux très hémorragiques. La dernière nuit « magique » décrite par Philippe Gillet est donc hautement improbable.

MAUDITS PORTABLES

Mais c’est surtout l’analyse de la téléphonie qui permettra d’emporter la conviction des enquêteurs sur  la culpabilité de l’accusé jugé dans ce volet du dossier pour  un assassinat L’adjudant Noel-Théron est analyste en recherche criminelle, et plus spécialisé dans la téléphonie. Devant la Cour il détaille ainsi toutes les traces  de messages et d’appel téléphonique qui peuvent être retrouvées et croisées pour reconstituer la chronologie des échanges téléphoniques.  Il en ressort que Philippe Gillet a utilisé son téléphone bien avant l’heure prétendue de son réveil. Les traces ADN prouvent surtout qu’il a interverti  la carte SIM du téléphone d’Anais Guillaume, dont l’abonnement était épuisé, avec celle du portable de Céline Gillet, son épouse alors décédée depuis plus d’un an. Ces manipulations sophistiquées voulaient faire croire qu’Anaïs était encore vivante le matin du 17 avril puisqu’elle avait été capable d’échanger des messages avec lui. Mais c’était ignorer que les téléphones  sont des mines d’informations. Puisque au delà des factures détaillées, les fameuses « fadettes », de la géolocalisations et de la lecture des messages, ils permettent aussi d’identifier à partir de quel boîtier de portable une carte SIM a été utilisée. Voilà comment les  enquêteurs ont acquis la conviction que Philippe Gillet a été l’auteur de ces manipulations et qu’il a menti sur le déroulement des faits. Confronté a ces accusations très étayées Philippe Gillet a maintenu,  mais sans vraiment convaincre, que les messages avaient bien été envoyés par Anaïs. Dans les jours qui vont suivre, celui qu’on surnomme le « taureau des Ardennes » devra encore s’expliquer sur les circonstances étranges du décès de son épouse. Il est accusé cette fois de blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner mais il décrit cette mort comme un accident qui ne le concerne pas. Les relations dominatrices et violentes qu’il entretenait avec les femmes et seront pourtant maintes fois évoqués dans la procédure. Pour les parents d’Anaïs, au delà du verdict,  ce procès devra surtout mettre fin au mystère de la disparition de leur fille à qui ils voudraient offrir une sépulture digne. Mais ils n’ignorent que Philippe Gillet, en bon agriculteur, sait  faire disparaître un corps sous de la chaux vive. Il en avait acheté deux sacs de 50 kilos juste avant la disparition de la jeune femme. Son employé s’était très vite étonné de cette acquisition inhabituelle. Il l’a répété devant les jurés.

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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