VENDANGEURS POLONAIS MAL TRAITÉS : LA COUR D’APPEL CONDAMNE

Quand les conditions d’accueil indignes de ces 240 vendangeurs polonais  ont été découvertes à Fleury-la-Rivière, en Septembre 2014, c’est toute la Champagne qui a été secouée…mais personne n’a porté plainte. Ni le Syndicat Général des Vignerons qui s’est contenté  d’un communiqué condamnant « des pratiques inadminissibles », ni les saisonniers concernés. La conclusion judiciaire de ce dossier aura pris 4 ans. Les employeurs viennent d’être condamnés en appel à 4 mois de prison avec sursis. 

Aprés la révélation de cette affaire, le Procureur de la République de Châlons-en-Champagne, Eric Virbel, avait ouvert une enquête pour « traite d’être humains et travail dissimulé ». Il faut dire que le constat des gendarmes et inspecteur des fraudes et de l’hygiène, ce 19 Septembre 2014, était accablant. Dans les deux maisons où les hébergeait le couple Piejko à Fleury-la-Rivière, les vendangeurs dormaient parfois à 24 dans des chambres de 27 mètres carrés, où dans des caves, sur des lits superposés où  à même le sol. Les équipements sanitaires insuffisants ne pouvaient évidemment garantir l’hygiène des 237 personnes précisément dénombrées par les contrôleurs. Les stocks de nourriture étaient avariés. Les employeurs, un couple de polonais, résident depuis 10 ans en Champagne où ils ont  travaillé dur. C’est ce qui leur a permis de devenir propriétaire et de loger de nombreux compatriotes au moment des vendanges. Ils étaient ainsi en mesure de fournir l’indispensable main d’œuvre  à des vignerons trop heureux de n’avoir pas à se soumettre aux normes drastiques, intenables et coûteuses qui leurs sont aujourd’hui imposées par pour l’accueil des saisonniers. Les vignerons payaient le prestataire en liquide, et c’est en liquide qu’Andrzej Piejko rémunérait à sont tour les vendangeurs. Tout le monde y trouvait son compte. L’avocate des prévenus, Maitre Hania Goutierre,  l’avait si bien fait valoir en première instance qu’elle avait obtenu la relaxe de ses clients . Et il est vrai  qu’aucun des saisonniers ne s’est plaint de l’accueil qui lui a été fait. Ils sont tous originaires des Carpates, une des régions les plus pauvres de la Pologne. Les 180 euros perçus par chacun d’entre eux pour ces vendanges leur ont rapporté 3 fois plus que ce qu’ils peuvent gagner en un mois dans leur pays. Hania Goutierre l’a répété devant la Cour d’Appel de Reims, pour appréhender ce dossier il faut prendre  conscience du fossé social et culturel qui existe entre les deux pays. Les Piejko ont, selon elle, rendu service à leur nombreuse famille polonaise, mais aussi aux viticulteurs qui les suppliaient de les aider à trouver de la main d’œuvre. Les saisonniers s’organisaient eux même pour leur nourriture, et il n’y a pas eu d’activité occulte, les transactions en liquide sont la règle chez les polonais, c’est ce qu’a plaidé l’avocate. Ses arguments avaient fait mouche devant le Tribunal Correctionnel il y a deux ans malgré un dossier accablant. Mais le Parquet a fait appel de cette relaxe et la Cour s’est montrée plus ferme il y a deux jours. Chacun des prévenus est condamnés à 4 mois de prison avec sursis et 2500 euros d’amende.

Les contrôles qui sont systématiquement opérés pendant les vendanges n’ont révélé aucune dérive de ce type dans les années qui ont suivi cette retentissante affaire. On a pu penser que la médiatisation de ce dossier avait mis fin à ces pratiques condamnables. Elles ont pourtant ressurgi à deux reprises aux dernières vendanges : à Bossancourt  dans l’Aube et à Oiry dans la Marne les gendarmes ont découvert que des travailleurs étrangers étaient maltraités. Faudra-t-il condamner encore ? Il est vrai que les charges qui pèsent sur l’emploi des vendangeurs ne cessent de s’alourdir. Leur rétribution s’en ressent au point que la main d’œuvre locale et française a boudé la dernière vendange et le recrutement devient un vrai casse- tête. Dans ces conditions, le recours aux saisonniers moins exigeants reste la solution…ce qui n’empêche pas d’éviter les dérives. 

Quelques jours après leur condamnation, les époux Piejko ont décidé de se pourvoir en cassation

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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