« NOUS TOUTES » ARRIVE DANS LA MARNE : UNE ÉNERGIE À LA HAUTEUR DES ENJEUX

UNE  GRANDE MARCHE ÉTAIT PRÉVUE CE 21 NOVEMBRE DANS  LE CENTRE DE REIMS POUR DONNER LE COUP D’ENVOI DE LA PRÉSENCE DE « NOUS TOUTES » DANS LA MARNE. COVID OBLIGE,  ELLE  N’AURA PAS LIEU. MAIS LA MOBILISATION DES BÉNÉVOLES DU COLLECTIF N’EN EST QUE PLUS FORTE.

Après « Me Too » et « Balance Ton Porc » le collectif « Nous Toutes » a été fondé en Juillet 2018 par Caroline de Haas pour lutter contre les violences sexistes, sexuelles, psychologiques, verbales et physiques faites aux femmes. Les premières marches organisées dans la foulée par le collectif dans une cinquantaine de ville ont mobilisé 80 000 personnes, et deux fois plus l’année suivante. La pandémie écarte toute possibilité de manifestion cette année*,mais les bénévoles n’en sont pas moins actifs. A l’image de Laura qui n’a de cesse de faire connaître la démarche féministe de « Nous Toutes ».Les deux étudiantes qu’elle rencontrait ce jour là étaient à vrai dire déjà ralliées à sa cause.

 

Laura a 26 ans. Elle est aide soignante en EHPAD. Blandine et Léa préparent un master en intervention et développement social à l’UER de Reims. Dans le cadre d’une recherche sur le bénévolat elles ont voulu rencontrer Laura, et ce n’est pas par hasard. Car la sensibilité féministe des deux étudiantes s’est révélée recemment à la faveur des cours de Sophie Divet sur la sociologie des inégalités de genre et de sexe. « Elles nous a ouvert les yeux. Jusque là les publicités  sexistes ne nous dérangeaient pas. Grâce à cette enseignante on analyse tout notre environnement et on se dit que ce n’est pas normal. » S’engage alors une conversation à bâtons rompus entre les 3 jeunes femmes. Elles n’ont pas connu de drame  pour ce qui les concerne,  mais tout de même : il y a le patriarcat subi depuis l’enfance au sein de la famille, le partage des tâches trés inéquitable entre  le père et le mère, les regards insistants qu’il faut subir quand on grandi,  les tenues  trop féminines réputées provocatrices, la peur la nuit quand on marche seule… »et même sur les réseaux sociaux on n’est pas tranquille », commente Laura qui a suivi des cours de self défense, « parce que quand on se fait agresser, on est seule. Il faut être sur le qui vive tout le temps, proscrire les écouteurs ».  Ces « choses de la vie » trop longtemps banalisées justifieraient à elles seules de se mobiliser, de militer. Mais plus graves que le sexisme ou  la discrimination au travail, il y a les violences sexuelles.

ON EST LÀ 

Chaque jour en France, 250 femmes sont victimes de viols ou de tentatives de viols, et une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint.

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À Reims, une plainte par jour en  moyenne est déposée pour  des violences faites aux femmes, et toutes les violences ne font pas l’objet d’une plainte, loin de là. Les forces de sécurité ont constaté  une hausse de 16% des violences conjugales en 2019 avec plus de 142 000 victimes en France, ce sont les derniers chiffres. La tache est immense. Voilà pourquoi Laura s’est rapprochée des Femmes Relais qui accompagnent les immigrées, et d’Ex Aequo « parce que les femmes précaires, racisées, homo et surtout trans sont encore plus sujettes aux agressions que les autres« .  Le collectif  « Nous Toutes » n’a pas de statut, pas de locaux, pas de leader. Tout se fait par le biais des réseaux sociaux, Facebook et Instagram. C’est Laura qui gère la page FB NousToutesOrg. « Une femme victime peut venir témoigner si elle le souhaite, on peut l’aider si elle a besoin d’un accompagnement, la réorienter, la mettre en sécurité. Ce bénévolat est une fierté pour moi, si je peux n’en sauver qu’une ce sera une grande victoire . »

*La  journée d’action du 21 Novembre  initialement prévue par le collectif est  remplacée par une mobilisation en ligne. Programme à découvrir sur les réseaux sociaux. 

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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