Cette audience devant le Tribunal Correctionnel de Reims a été pesante parce qu’on y a détaillé l’emprise au long cours et très perverse d’un enseignant sur trois lycéennes fragiles. Ce professeur du Lycée Jean Baptiste de la Salle à Reims a sévi pendant au moins 4 ans, jusqu’à un signalement par le chef d’établissement en Mai 2022.
L’emprise psychologique s’est exercée sur des adolescentes perturbées qui devraient combler le manque sexuel de l’enseignant. Tout a commencé par la protection, l’amitié, l’admiration et l’amour qu’il disait leur porter, peut-être sincèrement. A quoi s’ajoutent d’invraisemblables stratagèmes qui ont fonctionné. Les attouchements, les échanges de photos dénudées ont suivi. Et on reste sonné par cet incroyable récit, d’autant plus qu’il ne peut pas être remis en question. Car des milliers de mails et SMS explicites ont circulé entre le professeur et ses élèves.
PASSION ET MANIPULATION
L’opération séduction s’exprime dans des textes très longs, à l’encre rouge, qui ciblent de préférence des adolescentes mal dans leur peau. « Ce romantisme pervers et dérangeant, selon les mots de Pedro Texera, pour le Ministère Public, abuse d’un style poétique discutable pour s’extasier sur la beauté des victimes, de toutes les parties de leur corps. Il les rassure quand peut apparaître une rivalité entre elles, il offre des cadeaux. 6000 messages ont été échangés en un an avec une des victimes. La flamme se déclare même en lettres gravées sur la table de l’élue :« Je t’aime Chihilloli ». Tout commence par des câlins dans la salle de classe, sur les genoux du professeur très attentionné,qui dérapent évidemment sur l’ attouchement des parties intimes. Cette « pédagogie » très dérangeante était connue au sein de l’établissement. Elles ont valu un avertissement au professeur trop affectueux, mais ça n’a pas suffit. « Je n’ai pas eu le courage d’arrêter » dit-il à la barre. La mobilisation d’une enseignante, alertée le mal-être d’une de ses élèves, a accéléré la révélation de ces pratiques. Il était temps. Les avocats des victimes, Maitre Cens et Maitre Romdane insistent sur la persistance de leurs effets dévastateurs sur les jeunes filles et sur leurs familles.
DES SCÉNARIOS GLAÇANTS
Car la manipulation des jeunes élèves par leur professeur est allée très loin. Jusqu’à inventer une mystérieuse pathologie capable de déclencher des crises simulées et très impressionnantes de l’enseignant quand manquait de caresse. Sa victime de 15 ans devait alors redoubler d’attentions. Plus dérangeante encore est l’invention d’une infirmière baptisée Sabrina Prudh’homme. Ce personnage fictif s’adresse ainsi par mail à une des lycéennes en lui dictant le comportement qu’elle doit avoir pour guérir le professeur malade. « Il faut un contact sexuel, c’est-à-dire des caresses intimes, entre les cuisses comme il vous faisait, mais aussi fesses, poitrine, et même votre petit minou.» Et la jeune fille s’est exécutée. Elle a envoyé des photos dénudées, très ciblées, tandis que le professeur lui adressait en retour l’image de son sexe scarifié, ou en errection sous le pantalon. Plus pervers encore, il culpabilise son élève lui reprochant de d’avoir pas suivi les prescriptions de l’infirmière… qui a fini par se suicider ! A la barre, cet homme de 40 ans semble vouloir cacher son visage derrière des lunettes épaisses et une barbe aussi noire que sa longue chevelure.
ET APRÈS ?
Il travaille aujourd’hui comme artiste peintre et sculpteur. Il a quitté son poste d’enseignant sur un arrêt maladie à la révélations des faits. D’une belle voix grave, il explique que son épouse, la mère de ses deux enfants de 7 et 8 ans, est «horrifiée. Je ne suis pas cette personne à la maison, dit-il. Elle m’accompagne pour que j’accepte ce que j’ai fait.» Cette femme exemplaire dirige un établissement scolaire, ses obligations professionnelles l’ont empechée de suivre l’audience. Quand le procureur requiert la peine qui doit lui être infligée, les épaules du père de famille s’affaissent. 30 mois assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Le tribunal a suivi ces réquisitions, sans peine d’emprisonnement donc, mais avec une obligations de soins et interdiction d’approcher ses victimes et des mineurs dans son travail. Entre les pleurs, le prévenu affirme qu’il a pris conscience de la gravité des faits qu’on lui reproche. Il est aussi condamné pour la détention de 300 images pédopornographiques. Dans sa synthèse du dossier en début d’audience, la Présidente du Tribunal, Blandine Leroy, a insisté sur une expertise dans laquelle le psychologue se questionne sur sa capacité à élever ses enfants.


