Un règlement de compte à coups de couteau, en plein jour et sur la place la plus fréquentée du centre de Reims. L’agression a marqué les esprits, autant que les témoins de cette terrible scène alors qu’ils étaient tranquillement attablés aux terrasses de la Place d’Erlon ce 16 avril. L’auteur de ces violences avec arme vient d’être condamné à une peine de 5 ans d’emprisonnement dont 4 fermes. Il est afghan comme ses trois victimes. L’une d’entre elles a frôlé la mort. Ils sont tous les quatre livreurs à vélo.
Menotté, encadré par l’escorte pénitentiaire, le jeune homme s’approche de la barre avec un large sourire. Quand la présidente lui demande comment se sont passées ses journées de détention provisoire à la Maison d’Arrêt de Reims, il répond que tout a bien été … en souriant toujours. Et on comprend déjà que les terribles coups de couteau qu’il a assénés à trois de ses compatriotes, ne relèvent pas seulement de sa culture afghane.
DÉCALÉ
Il parle, il parle vite, et fort. L’interprète est un as de la synthèse mais on a quand même du mal à suivre. Il affirme qu’il ne voulait pas se battre. Il voulait s’expliquer avec ses compatriotes pour une embrouille de livreur, et surtout parce qu’ils l’avaient exclu du club de cricket, autrement dit de la communauté des jeunes afghans. Ils auraient été, selon lui, les premiers à le menacer la veille déjà, et à en venir aux mains le jour des faits. La présidente essaie de l’interroger…quand il veut bien se taire. Et la question que tout le monde se pose arrive très vite : pourquoi ces violences qui auraient pu le conduire devant les Assises ? Le décalage interpelle, entre le mobile et la gravité des représailles, entre le sourire perpétuel du prévenu et l’enjeu du procès. « Pendant votre garde à vue vous avez dit que selon votre loi vous avez bien agi rappelé la Présidente. Qu’est ce que ça veut dire ? Le flot de parole noie la réponse mais il explique qu’il n’avait pas l’intention de se servir de son couteau. Son avocate, Alexandra Hernu, rappelle qu’il n’est pas le seul à en porter un. Le sien est tombé de sa poche au début des hostilités. Il le ramasse, et c’est le moment du passage à l’acte. Les trois livreurs sont touchés dans le dos, au cou et surtout au ventre, avec une plaie de 10 cm pour celui dont le pronostic vital est engagé à ce moment-là.
UNE HUMILIATION
Les victimes assistent au procès, sans vouloir s’exprimer pour autant. Romain Mainnevret, leur avocat, explique leur crainte d’être filmés, repérés au risque de perdre leur carte de travail. Elle leur a été accordée pour 10 ans, ainsi qu’à leur agresseur. Il a bénéficié d’un droit d’asile à son arrivée en France, mais il n’en dira pas plus sur les raisons qui lui ont fait fuir l’Afghanistan. Son avocate insiste sur la vie précaire de son client. Ce jeune homme de trente ans vit sans sa famille avec un RSA . « Il a vécu sa mise à l’écart par les joueurs de cricket comme une humiliation, une exclusion de son groupe social. Il vient d’un pays où le châtiment corporel et la charia existent. » La Vice Procureure Mathilde Campagnie, avait mentionné un peu plus tôt « une dimension culturelle avec une question d’honneur qui se joue sur cette affaire ». Mais elle l’a vite balayée en rappelant par ailleurs que l’expertise psychiatrique qui exclu le trouble mental, relève une dangerosité criminelle. « Que ce soit en France ou en Afghanistan, on ne peut pas planter les gens comme ça ». Le Tribunal suivra ses réquisitions : 5 ans d’emprisonnement (c’est le maximum de la peine encourue), dont un an avec sursis, assortis d’une interdiction de séjourner sur le territoire français à la sortie.



