Les gelées qui se sont abattues sur la Champagne en Mars ont dévasté 40% de l’appellation. Le record des dommages infligés aux vignes par le froid dans les 30 dernières années a presque été battu. Le secteur Ouest de la vallée de la Marne est parmi les plus touchés. Vigneron et maire fraîchement élu à Romeny-sur-sur-Marne, Arnaud Fayet n’a pas été épargné. Mais en bon champenois, celui qui est aussi vice-président du Syndicat Général des Vignerons fait l’inventaire des solutions économiques et culturales, avant de se plaindre.
Quelques jours après les terribles gelées, les vignes de Romeny-sur-Marne ont déjà repris des couleurs. Mais il ne faut pas s’y tromper, même si de minuscules grappes peuvent apparaître par endroit.

DES RAISONS D’ESPÉRER
L’Ouest de la Vallée de la Marne est le terrain de prédilection des pinots noir et meunier. Si la météo ne s’acharne pas, on ne peut pas exclure qu’une partie des dégâts du gel y soit compensée par les contre bourgeons à venir sur ces vignes là. Ce n’est pas le cas du chardonnay dont les contre bourgeons sont stériles. « Nous dans le secteur (Vallée de la Marne Ouest et Seine et Marne) on sera content si on atteint un rendement de 6000 kg à l’hectare commente Arnaud Payet en arpentant ses vignes.» Encore faut-il que la fleur ne coule pas, qu’on évite le stress hydrique, le mildiou, l’oïdium ou le millerandage. Quoi qu’il en soit, ce qui va permettre à la Champagne de faire face est ailleurs. Et précisément dans cette fameuse « réserve » qui s’impose très vite dans les commentaires du syndicaliste. Car il s’agit là d’une garantie unique, fameuse autant qu’enviée,et peaufinéée par le Comité Champagne au fil du temps. La réserve protège en effet l’appellation des aléas climatiques mais aussi des à-coups commerciaux.
« LE PLUS SÛR, C’EST LA RÉSERVE ! »
La Champagne définit chaque année son rendement commercial global. Il s’agit de la quantité de raisin qui entrera dans la production des bouteilles de toute la Champagne. Son rendement agronomique est dicté, quant à lui, par la nature comme on le comprend trop bien cette année. S’il est supérieur aux besoins économiques de l’appellation, on stocke le surplus sous la forme de vins tranquilles. Il sera réinjecté dans la production quand il le faudra… et en 2026 à coup sûr. Le volume autorisé de la réserve est passé de 8000 à 10 000 kilos à l’hectare, en raison des progrès apportés aux conditions de stockage, en particulier grâce aux cuves dont on peut désormais réguler la température. Les aléas des vendanges récentes ont porté le niveau moyen de la réserve champenoise actuelle à 7500 kg hectare. C’est donc la quantité qui sera disponible après la prochaine récolte certainement insuffisante. Ceux qui vendent tout leur raisin aux négociants ou aux coopératives en bénéficieront aussi. Leurs partenaires détiennent en effet la réserve qui leur appartient. Et ces stocks leurs seront « achetés », donc payés au moment requis pour produire du champagne dans le volume prescrit par par l’interprofession.
QUEL RENDEMENT, POUR QUEL AVENIR ?
La question du niveau du rendement est discuté chaque année, parfois avec âpreté. La décision du Comité Champagne (vignerons et négoce), s’impose en effet à tous, qu’ils soient « bon vendeurs» de champagne ou pas. Mais la Fédération des Vignerons Indépendants suggère que ceux d’entre eux qui commercialisent l’intégralité de leur production puissent bénéficier d’un rendement adapté à leurs besoins insatisfaits. Épineuse question qui suppose que certains, et pas seulement les Indépendants, pourraient bénéficier d’une exception dans une réglementation dont la force est de s’imposer à tous. La réflexion n’en est pas abandonnée pour autant. « Au SGV on y réfléchit » affirme Arnaud Fayet, comme il faudra trouver aussi le moyen de revenir à un niveau de vente annuelle de 320 millions de bouteilles « On se bouge là-dessus»… Quoi d’autre ? Tirer les leçons des gelées qu’on vient de vivre parce qu’elles se reproduiront. Les chaleurs tanormales en Février Mars ont accéléré le débourrement. Ces bourgeons n’ont pas supporté le gel. Arnaud Fayet, autrefois prestataire de services, détenait, pour sa part, un stock de bougies. Ce qui lui a permis, après une nuit sans sommeil, de sauver un hectare et demi, le tiers de ses vignes. Leçon : il faudra reconstituer le stock de bougies. Progressivement, parce que c’est très coûteux. Mais c’est la solution, il en est convaincu.




