En se masturbant avec les orteils de ses victimes, le magnétiseur leur promettait d’être plus efficace pour dissiper leur mal-être. Treize d’entre elles ont été entendues, dont un homme et 3 mineures. Et parmi ces « consultants » une petite fille de 11 ans amenée par sa mère, grande habituée de ces séances. Déjà incarcéré deux fois pour ces pratiques qualifiées d’agressions sexuelles, le récidiviste échappe cette fois à la détention.
La première rencontre se limitait à des massages des pieds agrémentés d’huiles essentielles. La masturbation sur les orteils n’arrivait qu’à la deuxième séance. Les victimes allongées devaient lui tourner le dos, ce qui entretenait la confusion de ces pseudo séances de magnétisme, gratuites, très longues, et ponctuées de plusieurs éjaculations
QUAND LE MAGNÉTISME EST UN PRÉTEXTE
L’avocat de la défense le rappelle dans sa plaidoirie devant le Tribunal Correctionnel de Reims. La mère antillaise de son client était guérisseuse. Ce père de famille, bientôt quinquagénaire, aurait très bien pu hériter de ce don. « Au début, il a dupé le juge d’instruction et moi aussi. » reconnait Maître Mainnevret qui n’a pas vu d’intention sexuelle flagrante dans les pratiques très spéciales de son client. Il n’est donc resté que trois mois sous les verrous la première fois, de mars à juin 2022. Le problème c’est qu’il a recommencé. On comprend comment cette mère de famille en dépression sévère a pu lui faire confiance. Elle l’a rencontré dans une soirée. Quand elle s’est confiée à lui, il lui a dit « je peux t’aider ». Mais les choses ont dérapé dès la deuxième séance. « Je n’arrive pas à me connecter. Je vais devoir utiliser mon truc. »
DES PROIES FACILES
« Elle croit tout ce qu’il dit. Elle est alors une proie facile, explique l’avocate de cette plaignante. Elle accepte l’inacceptable dit encore maître Regnier ». Elle fréquente donc assidûment le magnétiseur, se rendant à une trentaine de rendez-vous dans son appartement du quartier Wilson à Reims. Elle lui envoie des amies, et même sa fille de 11 ans qui ne va pas bien… en lui faisant toutefois promettre qu’il n’utilisera pas son sexe. Mais le fétichiste des pieds n’arrive à se contrôler avec personne. Même avec cette enfant qui finira par comprendre ce qu’elle a subi après un cours d’éducation sexuelle au collège. « Je pense qu’il fait l’amour avec mes pieds ». Le magnétiseur ne s’est pas maîtrisé davantage avec ce jeune homme, le seul homme qui se soit manifesté, ou avec ces deux adolescentes, dont une amie de sa propre fille. Elle passait la soirée chez lui pour fêter son anniversaire. Et le père n’a pas hésité à s’isoler avec elle, alors que sa propre fille était de l’autre côté de la porte. « Il a fait sept victimes de plus après sa première détention, insiste la procureure Floriane Tappon . » Et leurs vies sont abîmées par ces agressions sexuelles.
DES SÉQUELLES LOURDES
L’une n’ose plus sortir seule, en raison d’un stress post traumatique. L’autre a pris 15 kg, elle se scarifie, rapporte son père : « Je me suis fait mal à l’extérieur pour oublier que j’avais mal à l’intérieur ». Floriane Tapppon insiste dans son réquisitoire sur ce rapport dominant-dominé qui lui fait exiger, par exemple, que les victimes se vernissent les ongles dans des couleurs différentes. « Le pied est comme un corps de femme pour lui ! » Il les lèche en effet après avoir éjaculé. « Son sexe est l’objet de son art », dit elle encore Après ces multiples récidives, il a connu de nouveau la détention provisoire. Cette fois pendant un an. A la barre, il dit que tout a changé depuis. « Je suis formel, c’est fini pour toute la vie. Le magnétisme avec ou sans sexe, c’est fini. Je me suis rendu compte avec mon psy que c’est pas des choses qu’on fait» Un discours de façade selon la procureure qui demande une peine de 5 ans dont deux assortis du sursis, et un mandat de dépôt à l’issue de l’audience. Ce que le tribunal ne prononcera pas, évitant un troisième séjour en prison à Serge Baspin.



