IL PEUT ARRIVER QUE LA JUSTICE NOUS LIVRE DES INSTANTS DE GRANDE HUMANITÉ

Le Tribunal Correctionnel de Reims vient de juger un homme impliqué dans l’enlèvement d’un garçon de 16 ans, lynché pour avoir fréquenté une élève de son lycée. C’était il y a deux ans, dans un appartement du quartier Croix Rouge. La famille très nombreuse du prévenu d’origine tchadienne, a assisté à son procès (image ci dessus). Dans la salle des pas perdus, son père, aujourd’hui sénateur au Tchad, a voulu présenter ses excuses à la victime, marquée à jamais par l’agression terrible qu’il a subie. Les mots du patriarche ont touché le jeune homme, au point qu’ils ont fini dans les bras l’un de l’autre. 

Cette expédition punitive a déjà été jugée à deux reprises, en première instance et en appel, mais en l’absence du ressortissant tchadien de 20 ans qui vient de comparaître pour la première fois devant les juges rémois. Ahmat Koullamahla avait fui vers le Tchad,où son père était alors ministre des affaires étrangères, plutôt que d’être jugé pour sa participation à un déchaînement de violence sur un lycéen de Roosevelt qu’il ne connaissait absolument pas. En Octobre dernier, le Tribunal Correctionnel de Reims l’avait condamné, en son absence, à une peine de 4 ans d’emprisonnement. Après son opposition à ce jugement, un récent procès lui vaut une peine de 3 ans dont un ferme.

COMPLICE D’UN LYNCHAGE EN RÈGLE

Après l’enlèvement du lycéen, en Mai 2024, les  humiliations et les coups ont été si violents qu’il à cru vivre sa dernière heure. Kalil (prénom modifié) avait eu des relations avec une élève de son lycée. La famille tchadienne de l’adolescente n’a pas pu supporter cet outrage, et le fils ainé s’est chargé de punir celui qui avait déshonoré sa jeune sœur. Le justicier connaissait Ahmat Koullamahla en raison de leurs origines tchadiennes communes, rien de plus. Mais assez pour qu’ils s’associent dans des représailles terrifiantes. Elles ont commencé dans la voiture qui a conduit le lycéen, embarqué par la force, jusqu’au domicile de sa petite amie. Elle n’a d’ailleurs  pas échappé aux terribles représailles et humiliations de toute sa famille, dont sa propre mère. LIRE ICI .« Pourquoi participez vous à quelque chose d’aussi grave ? » demande le juge à Amat Koullamahla . « J’ai dit que ce qu’on a fait est inacceptable.Je m’excuse sincèrement. Mais  c’est moi qui ai mis Kalil dans l’escalier pour qu’il puisse partir. J’ai pris conscience que ce que j’ai fait est très grave. Et c’est pourquoi j’ai décidé de rentrer en France ».

LA VOLONTÉ DE RÉPARER

La sincérité du jeune homme est indéniable selon son avocat. « Il a été embarqué dans une histoire qui ne le concerne pas » , plaide encore Maître Ben Koussa, rappelant que son client est intervenu pour que le grand frère arrête de frapper Kalil, et que c’est grâce à lui que la victime a pu s’échapper. Ahmat Koullamahla a  commencé à travailler au Tchad, comme chef de protocole, avant de créer une marque de parfum. Et il a tenu à verser son premier salaire à la victime. Maitre Mercier, l’avocate de Kalil a confirmé ce versement de 800 euros un peu plus tôt. Non sans insister sur les conséquences dévastatrices de cette agression sur son client qui a dû abandonner le lycée. « Il n’a pas pu passer son permis, il n’arrive pas à sortir de chez lui. Le stress post-traumatique, on en sort jamais complètement. »

L’HUMANITÉ APRÈS LA BARBARIE

La très nombreuse famille du prévenu (photo ci-dessus) a suivi le procès de bout en bout. Pendant que les juges délibéraient, son père s’est approché de Kalil pour s’excuser des actes de son fils, lui demandant l’autorisation de le prendre dans ses bras. Et la victime a accepté l’étreinte du père de famille. Réfugié politique, il a élevé tous ses enfants à Croix Rouge. « Parce que c’est là qu’on a surmonté les galères. J’ai passé ma vie en exil parce que je déteste l’injustice. Je ne peux pas accepter que mon fils vive avec une injustice qu’il a commise sur un mineur. Je lui ai dit je ne peux pas t’obliger à y aller. Il faut que toi même tu décides,  que tu prennes conscience de la gravité des faits, ce n’est pas avec le mensonge que tu vas t’en sortir. Seule la vérité sauve. Ce n’est pas le mensonge. Un jour il est venu me voir, il m’a dit je suis prêt. J’ai dit alors je t’accompagne. Je te prendrais le meilleur avocat mais tu dois travailler pour indemniser la victime, ce n’est pas à moi de le faire. C’est ta responsabilité, ce sont tes dérives, tu répares tes dérives. »

Monique Derrien

Journaliste

Journalise indépendante après 30 années d’exercice à Radio France, comme reporter puis grand reporter.

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Dire ce qui va et ce qui ne va pas, pour que ça aille mieux !

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