LA CHAMPAGNE FAIT LE CHOIX D’UN RENDEMENT HISTORIQUEMENT BAS POUR GÉRER UNE SITUATION PRÉOCCUPANTE

La logique champenoise s’est  donc appliquée pour la troisième année consécutive : parce que les ventes de champagne sont en recul, le rendement commercialisable de la prochaine vendange est descendu à 8 800 kilos à l’hectare, ce qui revient à autoriser la production d‘environ 230 millions de bouteilles cette année. La baisse atteint ainsi 20% en trois ans. Décision prise par le Comité Champagne en concertation entre vignerons et maisons de champagne…Ce qui n’empêche pas des analyses divergentes et des inquiétudes, notamment du côté de la Fédération des Vignerons Indépendants. 

C’est une décision collective qui  s’impose à tous, une règle quasi sacrée en Champagne. Elle a été âprement débattue, et d’autant plus difficile à prendre que l’année 2026 est celle de la disparité. Le gel, la sécheresse ont frappé ici, et moins ailleurs. Le tassement des ventes a inégalement touché les opérateurs du vignoble et du négoce. Et la légère hausse de 1,2% des expéditions pour le premier semestre, soit 107,1 millions de bouteilles, ne suffit pas à nourrir l’optimisme. D’autant qu’elle est portée par les exportations du grand négoce, alors que le marché français, traditionnellement servi par les vignerons, ne redécolle pas.

UN OUTIL DE PILOTAGE TRÈS ENVIÉ

Le Comité Champagne insiste bien sur ce point dans son communiqué de presse : « le rendement commercialisable constitue l’un des leviers de résilience essentiel du modèle champenois qui s’appuie sur les perspectives économiques et le niveau des stocks pour adapter la production aux besoins des marchés à moyen et long terme. » Il est vrai que la Champagne est à la tête d’un stock de 4,8 années. Il coûte très cher aux entreprises concernées. Le rendement historiquement bas qui vient d’être décidé le réduira de 10 millions de bouteilles en le ramenant à 4,2 années…ce qui reste très lourd. Et personne aujourd’hui ne souhaite que le grand négoce vacille. Les difficultés désormais bien connues de la Maison Pommery, endettée à hauteur de plus de 750 millions d’euros, nourrissent l’inquiétude. Car cette dette  est aussi un danger pour la banque qui l’a soutenue, comme elle accompagne une bonne partie de l’économie champenoise. Le Comité Champagne ne pouvait évidemment pas ignorer ce « risque domino ».

UNE SITUATION PRÉOCCUPANTE…ET COMPLEXE 

La régulation champenoise que tous les vignobles de France nous envient ne fait pourtant pas que des heureux. Et surtout pas au sein de la Fédération des Vignerons Indépendants de la Champagne. Ces 400 vignerons « récoltants manipulants » revendiquent la production de leur bouteille de A à Z. Ils réclament depuis plusieurs années un rendement stable et proche des 10 000 kilos à l’hectare, qui correspondrait au seuil de rentabilité de leurs entreprises, en permettant une gestion cohérente dans la durée. La fédération s’inquiète de la menace de disparition qui pèserait sur les exploitations avec le rendement particulièrement bas qui vient d’être annoncé. On se souvient que les Vignerons Indépendants on sollicité dès le début de cette année, l’octroi d’un Besoin Individuel Commercial, une rendement à la carte et selon les besoins, pour ceux d’entre eux qui vendent la totalité de leur récolte en bouteilles finies. Ce BIC, toujours revendiqué, concernerait 76 vignerons. Il a fait l’objet d’une première disccussion avec le Comité Champagne qui n’a pas refusé d’entendre les Indépendants, …. non sans rappeler que cette mesure  serait une entorse à la fameuse régulation champenoise dont l’objectif est bien de garder le contrôle de l’ensemble de la production.

QUEL ÉQUILIBRE, ET A QUEL PRIX ? 

Les Indépendants, pourtant, veulent y croire. et ils tirent la sonnette d’alarme. Puisqu’en menaçant leurs entreprises de disparition on porterait  atteinte, selon eux,  à la diversité économique de la Champagne. Et il est vrai que leurs entreprises contribuent sans doute à cet autre équilibre qui a fait sa force, entre les négociants et les vignerons vendeurs au kilos. En vendant leur bouteilles les récoltants manipulants soutiennent effectivement la valeur du raisin. Ils sont un contrepoids à une concentration qui verrait quelques gros opérateurs faire la loi sur le marché d’une matière première qui n’est plus aussi précieuse qu’elle l’a été. Quelques négociants on déjà annoncé un prix d’achat à la baisse de leurs approvisionnements en raisin. Ce qui est encore une première dans l’histoire de la prospérité champenoise. C’est dans ce contexte préoccupant que la Fédération des Vignerons Indépendants de la Champagne -400 adhérents contre 16000 au syndicat Général des Vignerons- n‘exclut pas de se constituer en syndicat pour mieux faire valoir ses idées. Le projet est à l’étude.

Monique Derrien

Journaliste

Journalise indépendante après 30 années d’exercice à Radio France, comme reporter puis grand reporter.

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Dire ce qui va et ce qui ne va pas, pour que ça aille mieux !

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