PÉDOPHILIE DANS L’EGLISE : À REIMS UNE ASSOCIATION INVITE LES VICTIMES À SE FAIRE CONNAÎTRE

Ces hommes sont souvent pères de famille, et parfois même grands pères. Mais leurs blessures ne cicatrisent pas. Les abus sexuels que leur ont infligés des prêtres du diocèse de Reims et des Ardennes sont prescrits. Les archives concernant le parcours scolaire ou périscolaire des victimes ont disparu.  Alors, l’association ECLATS, «Ensemble Contre les Abus, Témoigner et Soutenir» , leur demande de ne pas rester isolées. Pascal a 56 ans. Pour la première fois de sa vie il a fait le récit des viols que lui a infligés le père Pinard, à Givet quand il avait 11 ans. Guillaume Gellert (au premier plan ci-dessus) est le président d’ECLATS. C’est lui qui le premier a reçu ces mots, jamais prononcés jusque là.

L’histoire de Pascal, et ses souffrances, ressemblent à celles de la trentaine de victimes recensés par ECLATS. Les fondateurs de cette association (dont Guillaume, Thomas et Laurent ci-dessus) ont été abusés par prêtre. Dans le diocèse de Reims et des Ardennes, des crimes pédophiles ont été commis pendant plus d’un demi-siècle essentiellement par 3 religieux : Daniel Prot, Peter Meulendijks et Jean François Pinard. Ceux qu’on surnommait « les 3P » sont tous décédés. Mais aujourd’hui encore, les «histoires anciennes» que ces prédateurs ont écrites rongent les vies de leur victimes, le plus souvent dans le silence.

ENFANCE ET CONFIANCE BRISÉES À GIVET

Pascal n’a pas de mots assez durs pour la cellule d’écoute du diocèse qui a beaucoup tardé, dit-il,  à lui répondre. Il a donc fini par se libérer de son secret  auprès de l’association ECLATS. Son enfer a commencé après sa première communion, en Avril 1979 à Givet dans les Ardennes. Il a duré jusqu’à sa profession de foi, en 1981. Car sa dernière année de catéchisme a été encadrée par … le Père Jean-François Pinard. Celui qu‘il nomme « mon bourreau » dispensait la catéchèse dans une salle polyvalente, la Salle Saint Jean. Les enfants y accédaient directement par la cour du  presbytère. C’est dans ce huis clos que les petits gestes d’affection ont précédé les viols en série de l’enfant.     «Comment comprendre ce qui arrive quand on a 11 ans ? commente Pascal. Je ne savais pas pourquoi il avait tout a coup envie de m’embrasser sur la bouche et d’y glisser sa langue. » L’absence de réaction était assimilée à un consentement. « Cela donne moins de scrupule, surtout quand on doit ensuite prêcher la bonne parole à l’église devant les parents des enfants qu’on a violés et laissés en état de choc.»

« ELLE EST DISSOLUE MA VIE »

Pascal était un très bon élève, il est devenu un cancre, souffrant d’une irrépressible énurésie. Sa retraite au Waridon,   avant sa profession,  de foi est synonymes de maltraitance. L’image de son lit, dans l’immense dortoir, hante ses souvenirs. Plus tard, l’adulte a déroulé une vie d’errance et de solitude. Cette fuite éperdue a saboté son parcours professionnel, «pavé d’échecs» malgré ses diplômes et sa compétence. Il s’est toujours refusé à fonder une famille. Parce qu’il aurait été incapable, dit-il, de voir grandir sereinement ses enfants. Une poignée de main appuyée provoque chez lui un profond malaise. « Je suis resté dans un mutisme absolu sur ces viols à répétitions, paradoxalement honteux de ce qui m’est arrivé. Au point que je n’ai jamais osé me confier à un psy. Ma seule force, c’est ma haine contre cet ersatz de l’espèce humaine, contre toute la protection et la complicité du système clérical dont il a bénéficié avant sa mort. » Il est vrai que les dérives du pédophiles avaient  été identifiées… dès 1968. Les échanges de Pascal avec l’association ÉCLATS sont un réconfort. Ils lui font aussi espérer une reconnaissance du mal dont il souffre, par la faute d’un prêtre, par la négligence de l’Eglise. Son indemnisation, pourtant, n’a pas encore abouti : l’INIRR (Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et Réparation) croule sous les dossiers. On l’aura compris : pour Pascal et pour tous ceux qui s’enferment dans leur secret, les faits dont il est question ont été particulièrement graves. Les viols et les agressions sexuelles ont pu s’accompagner de violences physiques et psychologiques, de photographies à caractères pornographiques.

UN DEVOIR D’INVENTAIRE

Ces agressions sont décrites ICI, ICI, et ICI. Des victimes ont été reconnues par la justice, malgré la prescription. L’INIRR a déjà indemnisé plusieurs d’entre elles. Les prêtres pédophiles ont sévi dans les écoles catholiques du diocèse de Reims et des Ardennes, en marge des activités scolaires : colonies de vacances, camps scouts… Partout, les archives ont disparu. Elles auraient pu permettre d’identifier des victimes dont le nombre est aujourd’hui très sous évalué. ECLATS déplore que l’archevêque de Reims, Eric de Moulins Beaufort, refuse de médiatiser un appel public à témoignage. Ce qui a été fait par de nombreux diocèses. Ils ont ainsi répondu à une incitation concertée et très motivée de l’INIRR et de la CRR (Commission Reconnaissance et Réparation). Ce document est à lire ICI. Après l’offensive de l’association ECLATS,  un communiqué de l’archevêché de Reims indique que tout a été fait à Reims pour accompagner les victimes au mieux, annonçant par ailleurs la publication d’un appel a témoignage dans le prochain hors série du diocèse. Mais ce que l’association réclame, c’est une médiatisation élargie à toute la France, comme d’autres prélats ont choisi de faire. Car les victimes fuient le plus souvent  la région de leur souffrances, elles restent isolées, freinant ainsi leur cheminement vers un accès aux soins et une indemnisation. ECLATS insiste en effet  sur les troubles psychosomatiques majeurs des victimes, maladies chroniques, amnésie, addictions, isolement social, et sur les suicides dont ils ont connaissance. Certaines victimes sont en très grande difficulté. Leur accompagnement devrait être un devoir.

Monique Derrien

Journaliste

Journalise indépendante après 30 années d’exercice à Radio France, comme reporter puis grand reporter.

Regarder, écouter, comprendre…
Dire ce qui va et ce qui ne va pas, pour que ça aille mieux !

Monique Derrien

Journaliste

Journaliste indépendante après 30 années d’exercice à Radio France, comme reporter puis grand reporter.

Regarder, écouter, comprendre…
Dire ce qui va et ce qui ne va pas, pour que ça aille mieux !

Liens utiles

Accueil