VENDANGEURS MALTRAITÉS EN CHAMPAGNE, PRISON FERME POUR L’ EMPLOYEUR … ENCORE

En Champagne, les vendanges 2023 ont été exceptionnelles en qualité et en quantité. Mais elles sont entrées dans l’histoire en raison des pages sombres qu’elles ont écrites. Car après l’indigne traite des êtres humains de Nesles le Répons, déja sévèrement condamnée, d’autres cueilleurs ont été maltraités cette année là, à Mourmelon-le -Petit. Le prestataire de services incriminé vient d’être condamné à 2 ans de prison ferme assortis d’une amende de 350 000 euros. Il  a décidé de faire appel. 

Les deux procès se sont déroulés à 6 mois d’intervalle au Tribunal Correctionnel de Châlons en Champagne. Les victimes de Nesle le Répons sont des immigrés sans papier, souvent africains, recrutés sur les trottoirs parisiens par des rabatteurs. Beaucoup d’entre eux ont pu suivre les débats de bout en bout, en Juin 2025. LIRE ICI . Par contre,  aucun des 108 cueilleurs hébergés à Mourmelon n’a assisté au procès du gérant de la société Viticompétence,  jugé le 27 Novembre dernier.

MÉPRISÉS, SOUS PAYÉS

Ces vendangeurs là sont ukrainiens pour la plupart. Ils sont  rapidement retournés dans leur pays, peu après l’intervention des gendarmes le 6 Septembre 2023 dans l’immeuble sordide où ils étaient logés. Des voisins, alertés dans la nuit par l’arrivée en convoi de près de 150  personnes, ont appelé le 17. Et là encore,  comme à Nesle le Répons, on a découvert que la prise en charge des vendangeurs se faisait au mépris de toute dignité humaine. Les locaux désaffectés, infestés de nuisibles, ne  répondait à aucune norme autant sur les équipements sanitaires que sur l’installation électrique. «Abjecte,» insiste le procureur, en rappelant la vulnérabilité, la précarité absolue des ressortissants d’un pays en guerre qui n’ont aucune maîtrise de la langue française. Mais ce n’est pas tout. La déclaration préalable à l’embauche mentionne une rémunération à l’heure et non pas au kilo. Comme le fait valoir le procureur, «les vendangeurs allaient être payés au minimum du minimum, -18 centimes au kilo- et vous empochez le double de ce qui est déclaré à la MSA. » Les vendangeurs arrivaient d’Ukraine, mais ils ont  été déclarés comme des ressortissants polonais, c’est à dire européens, pour échapper aux autorisations règlementaires.

LA GUERRE A BON DOS

«Je pensais qu’on devait les faire travailler par rapport à la guerre » s’embrouille le gérant de la société sparnacienne Viticompétences. Il explique que les ukrainiens sont arrivés plus nombreux que prévus. Ils étaient près de 150 au lieu des 90 attendus. Il se défausse sur un collaborateur qui aurait géré cet hébergement…mais qui n’est plus déclaré dans la société au moment des faits. Il rejette toute responsabilité dans l’accueil des ukrainiens. « C’est un logement dont je ne me suis pas occupé »… mais on apprend qu’il avait visité les locaux un an plus tôt.  Pascal Grosdemange est  l’avocat de la CGT, partie civile dans ce dossier. Il dénonce la mauvaise foi du prévenu, l’opacité entretenue. « Dire je ne savais pas, c’est un peu facile.» Mourad Ben Koussa, avocat de la défense, dénonce une enquête bâclée. Il insiste longuement sur les manquements de la procédure.  Mais le  tribunal condamne le gérant à  une peine de 3 ans assortis d’un sursis d’un an, alourdissant ainsi les réquisitions qui limitait la prison ferme à une année. Le prévenu  écope par ailleurs d’une amende de 350 000 euros avec  interdiction définitive de diriger toute entreprise. Et il devra verser 206 000 euros à la MSA flouée par des déclarations mensongères.

UN COMBAT, POUR  LA CGT DU CHAMPAGNE

L’ancien dirigeant de Viticompétences est aussi condamné à verser 1800 euros à l’Intersyndicat CGT du Champagne qui insiste sur les dangers d’une sous traitance de plus en plus répandue dans les vignes champenoises. « Elle permet de déplacer les risques sociaux vers des intermédiaires, tout en préservant les donneurs d’ordre d’une exposition directe déplore le syndicat dans un communiqué diffusé après le jugement …. Cette organisation fragilise  la capacité de contrôle  réel des conditions de travail, ajoute le syndicat, et créé des angles morts juridiques et opérationnels… Elle interroge la responsabilité de l’ensemble des acteurs de la filière »… et particulièrement des donneurs d’ordre grands absents de ce procès selon la CGT. Pour dénoncer  le préjudice porté à l’ensemble de la profession, le Comité Champagne s’est aussi porté partie civile dans les deux procès retentissant de Châlons en Champagne. Le prestataire de service condamné dans le dossier de Mourmelon devra lui verser 1000 euros.

Monique Derrien

Journaliste

Journalise indépendante après 30 années d’exercice à Radio France, comme reporter puis grand reporter.

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Dire ce qui va et ce qui ne va pas, pour que ça aille mieux !

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