Dafroza Mukarmongi Gauthier a été emportée à 72 ans par un cancer du poumon le 3 Octobre dernier. Elle vivait à Reims après avoir fui le Rwanda où presque toute sa famille a été exterminée par les Hutus. Avec son mari, Alain Gauthier, elle a traqué les génocidaires pendant plus de 30 ans. Ses obsèques empreintes d’une très vive émotion ont été célébrées dans une église bondée. Et chacun a pu épingler son sourire au revers de son col, comme pour signifier que son action ne s’éteindra pas
« Sans Alain et Dafroza les procès des génocidaires n’auraient pas eu lieu. Ils ont fait énormément pour nous, on leur est très reconnaissants.» commente Viviane Peyre, une amie proche rescapée du génocide. Le couple a créé le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda en 2001. Et depuis, leurs recherches incessantes ont permis la condamnation à de lourdes peines de 7 des génocidaires qui se sont réfugiés en France, sans être inquiétés. Il y en a d’autres.
LES HÉROS NE MEURENT PAS
«Dafroza restera à jamais dans nos mémoire pour sa lutte contre l’impunité du génocide contre les Tutsis. » Ce message du président Paul Kagamé, a été retransmis par l’ambassadeur de France au Rwanda pendant la cérémonie religieuse. « Alain est encore plus soutenu qu’avant, affirme Viviane Peyre. La ligne a été donnée, on va continuer, on ne va pas baisser la garde. Ils vivaient impunément en France. Tous ceux qui ont commis le génocide à un moment donné, se retrouveront devant la justice. » Dafroza souhaitait que le CPCR continue la bataille. Et tous ceux qui ont pris la parole s’y sont engagés : « Elle était une maman pour beaucoup avant d’être une militante hors pair, une héroïne. Les héros ne meurent pas. On continue son combat » Tous les avocats du CPCR étaient là, dont Domitille Philipart. « On a travaillé ensemble depuis 2009 sur des dossiers abominables avec des rescapés qui ont subi des choses atroces mais il y avait toujours ses sourires, ses mots doux et drôles, ces moments conviviaux. Dafroza a fait un travail unique, elle avait une mémoire impressionnante, donc ce ne sera pas comme avant. Mais oui, je le crois, les choses vont continuer. Alain a envie de porter cette cause pour elle, en son nom. »
UNE FEMME EXCEPTIONNELLE
« Merci à la vie de m’avoir permis de grandir auprès de cette femme exceptionnelle. Elle va nous manquer terriblement ». Sur Instagram le message de Gaël Faye, le gendre de Dafroza Gauthier, donne le ton. L’artiste était à Reims ce 3 Octobre, avec une grande partie de la diaspora rwandaise très présente à l’église Saint André, et plus tard au Cercle Colbert. Le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda y avait organisé un moment de convivialité. Pour se souvenir d’elle et célébrer son humanité, sans tristesse, comme elle l’a souhaité. Autour d’Alain Gauthier, les échanges ont été très chaleureux, empreints de cette générosité qui est sa marque.

Ces instants ont même été joyeux, parce que « la gaieté nous aide, après ce qu’on a subi » confiait un des invités. Et comme le veut la tradition au Rwanda, ils ont fini la journée en dansant. « Alors qu’on se retrouvait autour de faits dramatiques, se souvient Domitille Philippart, il y a toujours eu cette joie de vivre et de partager ensemble autour de ce qu’ils ont vécu. Elle demandait toujours des nouvelles de la famille, des enfants. C’est quelque chose qui nous a toujours portés. C’est aussi ce qu’incarnait Dafroza. »



