L’ARCHEVÊQUE DE REIMS SE DIT À L’ÉCOUTE DES VICTIMES DE PRÊTRES PÉDOPHILES

Il aura fallu quelques mois. Mais cette fois, les victimes des abus sexuels de l’abbé Prot, et pas seulement lui, sont en droit d’espérer un soutien actif de l’Archevêque de Reims, Eric de Moulins-Beaufort (photo ci-dessus). Guillaume et Benoit* réclament en effet avec vigueur une transparence totale sur les agressions et viols qu’ils ont subis enfants. En témoignent leurs récits déjà publiés sur ce site (ICI), tout comme celui de     Georges* ICI . D’autres les ont rejoints au sein d’un groupe de parole (la connexion se fait ICI ). Ces hommes, sexagénaires pour certains, ont besoin d’aide. Ils attendent surtout que l’Église assume les conséquences de ces terribles dérives en leur garantissant un soutien psychologique et financier. Rapidement, car leur vie est généralement un chaos. Les récents engagements du prélat rémois leur permettront peut-être de retrouver l’équilibre et la paix.

 

“Voilà ce qu’on me donne quand je demande le parcours de Daniel Prot. Ça tient en deux lignes”. Joignant le geste à la parole, Eric de Moulins Beaufort montre le registre très officiel dont il dispose. Cette “bible” indique la naissance du prêtre en 1940, son ordination à l’âge de 26 ans, et son décès en 1986. Rien d’autre. 

Eric de Moulins-Beaufort rappelle qu’il est arrivé à Reims en Octobre 2018. Son prédécesseur, Monseigneur Jordan, avait fait, dit-il, “un gros travail dans les archives” sur la question des abus sexuels. “Il avait préparé 4 dossiers qu’il avait portés au procureur de la république, à deux reprises. Mais il n’y avait rien du tout sur l’abbé Prot à ce moment là, rien.” Et  il se souvient que l’homélie de Monseigneur Ménager, à la mort prématurée du prêtre, a été le reflet d’une admiration sans borne.

LES LETTRES

La lettre de Benoit* est arrivée à la cellule d’écoute du diocèse de Reims en Avril 2019. Elle dénonce notamment ce rituel du “petit robinet” qui obsédait  l’abbé Prot dans les douches de la colonie de vacances vosgienne, à Clefcy. Il tenait à garder la main,  à tout prix, sur cette toilette très particulière. Le bain au torrent, dans la  nudité pour tous y compris pour le prêtre, est aussi décrite . “Je n’ai pas de doute que les autorités ecclésiastiques savaient” ajoutait alors Benoit*. “Et moi je lui ai dit que personne ne m’a jamais dit être au courant de cette manière de vérifier l’hygiène” dit l’archevêque. L’usage d’un  prétendu “suppositoire”, décrit par Benoit*, et par d’autres aujourd’hui, est encore plus glaçant. “Oui, reconnait l’archevêque, mais est-ce que quelqu’un savait ?” Un récent témoignage de victime laisse penser que certains moniteurs savaient. Mais sans doute le prêtre terriblement charismatique, était-il protégé par son aura,

DES SIGNALEMENTS 

Une autre lettre est arrivée à l’archevêché en Septembre 2019, pour dénoncer Daniel Prot, dit encore Richard de Moulins-Beaufort. “J’ai écrit au Procureur en Décembre.” Les dossiers seront finalement classés, après enquête du SRPJ, parce que les faits sont prescrits, et aussi en raison de la mort du prêtre. Mais  Matthieu Bourrette, le procureur d’alors, écrit aux victimes : pour la justice,  attester ils ont bien subi un viol. Par ailleurs, le dossier de Guillaume, qui s’est fait connaitre il y a 6 mois au diocèse, a également été transmis au parquet, la encore  malgré l’incontournable prescription. L’archevêque indique, en outre,  que deux autres affaires, remontant à 20 ans, sont  aujourd’hui dans les mains de la justice. Elles  concernent évidemment un autre prêtre.
On vient enfin d’apprendre que la mise en examen pour un viol non prescrit, reproché au père Gueriguen qui vit toujours à Reims, a été cassée faute d’éléments constitutifs suffisants.    

BEAUCOUP DE FRUSTRATIONS 

Un autre signalement concernant l’abbé Prot, est récemment arrivé sur le bureau François Schneider, le nouveau procureur de Reims. Les faits sont intervenus dans les douches d’un vendangeoir. Ce dossier est lui aussi , voué au classement puisque l’auteur n’est plus en vie. La destruction de photos d’enfants nus, parfois centrées sur leur sexe, retrouvées après la mort de l’abbé Prot au presbytère Saint Maurice où il logeait, est une autre frustration de taille pour les victimes. “Le prêtre qui les a trouvés a été répugné”estime l’archevêque. “Il n’a pas voulu garder des images troublantes.” On n’imaginait pas alors que l’abbé Prot avait pu commettre des actes bien plus graves. On avait en tête que les enfants allaient oublier. Et comme le souffle le prélat, “même les parents n’ont pas donné suite au récit de leur enfant. Quarante ans plus tard, on sait que ces victimes auraient dues être prises en charge, et on mesure mieux l’énorme traumatisme dont elles souffriront toute leur vie.” Aujourd’hui vient donc le temps de la réparation

ET MAINTENANT ?

On sait que la vérité et la transparence sont les indispensables  conditions de la guérison. Elle passe par une reconstitution aussi fidèle que possible du parcours de l’abbé Prot, ce qui fait cruellement défaut. La colonie de vacances de Clefcy est gérée par l’Association du Sourire de Reims, sans lien administratif avec le diocèse précise l’achevêque. Son président, Jean Vercoutère, n’a eu ni connaissance ni souvenir des agissements délictueux ou criminels du prêtre. Mais une communication des archives de cette colonie de vacances permettrait sans doute à d’anciens colons de réveiller des souvenirs qu’ils on souvent enfouis. Eric de Moulins-Beaufort s’engage, pour sa part, à solliciter sur ce point les Scouts de France dont les camps étaient  fréquentés par le prêtre, dans le Cantal. Il interrogera aussi la Maîtrise de la Cathédrale qui était un des terrains de chasse du prêtre pédophile. L’archevêque se dit également prêt à organiser des rencontres publiques. Et il ne s’opposerait pas à ce que la radio RCF aborde le sujet avec les victimes. L’INIRR (instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation) devrait  par ailleurs activer le traitement des situation les plus critiques sur le plan financier. Et un relais est dès à present mis en place pour une prise en charge psychologique des victimes.   

*Prénoms modifiés

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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