Entre grêle, gelée et canicule, la champagne pouvait s’attendre à une vendange calamiteuse. Elle se révèle exceptionnelle en qualité. Le rendement agronomique particulièrement bas, autour de 7200 kilos à l’hectare en moyenne sur l’appellation, sera le plus souvent compensé par les vins de réserve. En raison de la sécheresse, et sur dérogation, certaines bouteilles vont par ailleurs dépasser la limite réglementaire de 13° pour une dizaine de producteurs. Autant dire que 2026 marque un tournant historique en Champagne. L’interprofession veut en tirer toutes les leçons.
Tous les repères ont été bousculés. Entre la fleur et la vendange, 74 jours seulement se sont écoulés, faisant exploser le fameux décompte des 100 jours qui faisait encore référence. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés le 6 Août, à Montgueux. On n’avait jamais vu ça en Champagne.
QUAND LA MATURITÉ S’EMBALLE
Personne ne s’y attendait vraiment. «Quand on s’est quitté le 22 Juillet, (après avoir fixé le rendement commercialisable à 8 800 kilos/hectare , ndlr. Lire ICI ) on pensait revenir fin Août…mais tout à été différent » commente Maxime Toubart, le Président du Syndicat Général des Vignerons (image ci-dessus à droite ). Le fameux « réseau matu » surveille l’évolution du raisin au plus près sur l’ensemble de l’appellation. Le dispositif, mis en route à un mois de la date estimée des vendanges, a vu la maturité de la vigne s’emballer de façon vertigineuse, sur une semaine au lieu de trois. Et la logistique a suivi. Pour le recrutement des vendangeurs, leur prise en charge et l’organisation de la cueillette, la sécurité et la santé. Tout le monde s’est retroussé les manches. En cuisine, les grands-mères ont repris du service pour remplacer les traiteurs toujours en vacances. David Chatillon, (image ci-dessus au centre) Président du Comité Champagne, insiste sur «l’agilité champenoise» qui une fois de plus a fait ses preuves. Il faut dire que ça en valait la peine.
« DANS VINGT ANS ON EN REPARLERA ENCORE »
La qualité de la récolte est, quant à elle, exceptionnelle. Pour Sebastien Dubuisson, le directeur Technique du CIVC (image ci-dessus à gauche) « cette année, la plus précoce qu’on ait jamais eue, est aussi la plus saine. Les degrés sont élevés, rarement vus, mais les PH sont remarquablement équilibrés. » Et ce n’est pas tout : « Les moûts ont révélé beaucoup de fraîcheur, de fruit et de finesse. » La vendange manuelle à laquelle la Champagne ne veut pas (encore) renoncer, les pressurage doux, précis et fractionnés ont permis de préserver les équilibres acides. « J’ai l’impression que c’est la vendange qu’on ne verra qu’une fois dans sa carrière.» Ce qui est sûr, c’est que pour la première fois (encore !) le degré d’alcool très élevé, pourra dépasser, sur dérogation, les 13°imposés au champagne. Mais très peu de producteurs sont concernés : les assemblages avec des cuvées des années précédentes auront aussi pour conséquence de faire baisser le degré des vins de 2026.
LES DÉFIS DE DEMAIN
Les vins de réserve, tant enviés par les autres appellations, vont équilibrer les choses, une fois de plus. Ils viendront surtout compenser un rendement agronomiques particulièrement bas (autour de 7200 kilos hectares en moyenne) pour atteindre le rendement commercialisable pourtant très faible de 8 800 kilos/hectares décidé cette année . « Nous, on a toujours déconnecté le rendement commercialisable du rendement agronomique. D’autres modèles foireux produisent pour produire sans se poser la question de ce qu’on peut vendre. » rappelle Maxime Toubart. Mais il ne se voile pas la face. Ce rendement commercialisable très bas, signifie que la Champagne compte produire 230 millions de bouteilles cette année, et surtout les vendre. « 8 800 kilos, c’est un plancher dit encore le patron des vignerons. On a tiré au plus bas de ce qu’on pouvait faire. Le vigneron doit avoir la capacité de vivre, de faire tourner son exploitation. » On lui laisse, il est vrai, la possibilité d’acheter des raisins ailleurs, quand il vend plus de champagne que L’interprofession ne l’autorise à récolter. Mais ce n’est pas la panacée, parce que c’est coûteux.
LES SOLUTIONS
La belle récolte de cette année ne fait donc pas oublier les défis qui attendent la Champagne. Elle devra produire malgré les aléas climatiques qui ne l’épargnent pas. Certains exploitants, notamment dans la côte des Bars, ont été particulièrement touchés depuis plusieurs années. Ils ont épuisé leurs stocks de vins de réserve. L’interprofession leur promet de faire jouer la solidarité, comme elle le fait déja pour ceux dont les vignes sont touchés par la flavescence dorée. Mais certains commencent à s’interroger, malgré tout, sur l’opportunité de continuer. La Champagne investit chaque année plus de 13 millions d’euros dans la recherche. Les pistes sont nombreuses. Les vignes pourraient être protégées de la canicule par des voilages. On prépare des cépages plus tardifs qui réclament moins d’eau. Les cépages historiques d’aujourd’hui ne seront peut-être plus là dans 20 ans. « Ce sera toujours du champagne comme c’était déjà du champagne avant les cépages actuels, rassure Maxime Toubart. Mais la vraie priorité immédiate, c’est de vendre. Focus sur la Champagne Week, et ses multiples manifestations du 19 au 25 Octobre



