FEMINICIDE À GIVET : LE MARI EST MIS EN EXAMEN POUR MEURTRE ET VIOL

VIOLENCE, ALCOOL, PAUVRETÉ. UNE FEMME DE 48 ANS EST MORTE SOUS LES COUPS DE SON CONJOINT

Le corps d’Anne-Sophie Lefort a été découvert au petit matin par les gendarmes de Givet dans un appartement en désordre, particulièrement sale . La victime gisait sur le lit, dans la chambre du couple, seulement vêtue d’un tee shirt. Philippe Lefort, son mari, était incapable de répondre aux questions des enquêteurs qui l’ont réveillé, tant il avait bu. L’autopsie du corps, pratiquée le jour même, mentionne des plaies multiples, des traces de violences récentes, de coups portés à main nue, de strangulation, et une ecchymose évoquant un rapport sexuel violent.

IL A “VU ROUGE ET FAIT LE BARBARE”

Après quelques heures Philippe Lefort a reconnu les coups portés et leur violence, non sans avoir risqué d’abord le scénario d’une chute mortelle dans les escaliers, due à l’ivresse de son épouse. Ce soir du 4 Janvier ils étaient rentrés d’un dîner particulièrement arrosé chez un voisin. Philippe Lefort a tenté d’expliquer qu’il avait battu sa femme pour l’empêcher de continuer à boire, avant d’admettre qu’il avait “fait le barbare” en la frappant alors qu’elle ne pouvait pas se défendre, ajoutant même qu’elle s’alimentait très peu depuis quelques jours. Au cours de la conférence de presse* qui a suivi la mise en examen du mari violent, le procureur de la République de Reims Matthieu Bourrette a indiqué qu’il avait exprimé de profonds regrets à plusieurs reprises. Cet ancien chauffeur routier vivait des minimas sociaux, comme son épouse. Ils avaient quitté l’Auvergne il y a 3 ans pour s’installer à Givet avec leur fils. Aujourd’hui âgé de 17 ans, le jeune homme vit depuis quelques mois avec une femme de 20 ans et leur bébé, dans le même immeuble que ses parents. C’est lui qui, après de nombreux échanges téléphoniques avec son père, a demandé à une voisine d’appeler la gendarmerie au bout de plusieurs heures. Philippe Lefort ne voulait pas être dénoncé.

UNE VIE CONJUGALE À HAUT RISQUE, ET SANS GARDE FOU

Anne-Sophie Lefort a été condamnée il y a 15 ans pour avoir frappé son mari à coup de couteau, entraînant une incapacité temporaire totale de 30 jours.
Philippe Lefort a été condamné à 4 reprises pour des menaces de mort et violences, notamment sur son épouse en 2009. Mais “il ne faisait l’objet d’aucune mesure judiciaire qui aurait pu permettre de signaler un risque de passage à l’acte” a précisé Matthieu Bourrette. Explication : la dénonciation par un témoin de faits de violences de sa part n’a pas été corroborée par un témoin tiers qui aurait permis de soutenir l’accusation. Par ailleurs, la nuit du 3 au 4 Janvier,le fils de Philippe Lefort avait déja appelé la gendarmerie parce qu’il entendait sa mère crier sous les coups de son père. Une première patrouille est passée à 4 heures du matin, mais le calme était revenu et personne n’a répondu. A 9 heures une nouvelle patrouille a cherché à voir Anne Sophie Lefort. Son mari s’y est opposé au motif qu’elle dormait et les gendarmes sont repartis. Après la mort d’Anne-Sophie Lefort, des témoins ont indiqué qu’ils se sont étonnés à plusieurs reprises depuis un an de la voir blessée ou tuméfiée. Mais elle répondait qu’elle avait fait une chute et personne (mis à part son fils deux jours avant sa mort) n’a alerté les enquêteurs. Ainsi le drame n’a-t-il pas été évité

*Matthieu Bourrette a indiqué à cette occasion que 320 affaires de violences conjugales ont été enregistrées sur le ressort du Parquet de Reims en 2019.

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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