L’association ECLATS, qui regroupe les victimes d’abus sexuels à Reims et dans les Ardennes, a regretté de ne pas avoir été reçue par le Pape à la faveur de sa visite en France. Par l’intermédiaire de l’avocat Emmanuel Ludot, elle a donc choisi de lui faire parvenir une lettre qui lui demande d’ouvrir les archives du Vatican concernant les prêtres incriminés. Car cette transparence est indispensable à la dignité des victimes. Elle déplore par ailleurs la suppression de l’INIRR qui mettrait un frein à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes.
ECLATS est une association créée par les victimes de l’abbé Prot. Elles ont été rapidement suivies par celles des abbés Pinard et Meulendijks, prêtres à Reims et dans les Ardennes entre les années 60 et 90. Les signalements qui lui arrivent lentement sont au nombre d’une quarantaine pour l’instant.
UNE CHAPE DE PLOMB
Les fondateurs d’ECLATS sont convaincus que les victimes silencieuses, isolées, en souffrance, et le plus souvent rongées par ce mal, sont beaucoup plus nombreuses. Celles qui ont eu la force de parler savent aussi que ces échanges leurs ont été salutaires. C’est la raison pour laquelle l’association veut faire la vérité sur ces pratiques dévastatrices, souvent connues des familles et des encadrants, mais rarement dénoncées ou empêchées. A Reims, force est de constater que toutes les archives des écoles où l’abbé Prot a pu intervenir ont disparu sur la période qui le concerne, et seulement sur cette période. De même, certaines des archives de la colonie de vacances du Sourire de Reims ont été détruites très récemment. C’était à Clefcy dans les Vosges, où l’abbé Prot accompagnait systématiquement les enfants.
LA RECONNAISSANCE DES VICTIMES EN QUESTION
Pierre Jean Gire, Ambassadeur près le Saint Siège pour la Fondation Pontificale, est un interlocuteur privilégié du Vatican. C’est à lui que Maître Emmanuel Ludot vient d’adresser une lettre, au nom de l’association ECLATS. L’avocat rémois lui demande de faire parvenir son message au Pape Léon XIV, en regrettant que les évêques de France aient fait disparaître l’INIRR (Instance National Indépendante de Reconnaissance et Réparation) depuis le 1er Septembre dernier, au profit de l’INIAVE (Instance Nationale Indépendante d’Accompagnement des Victimes dans l’Eglise). « De nombreuses victimes, indique l’avocat, ne trouvent plus les réponses appropriées tant sur le plan de la reconnaissance que de l’indemnisation. »
LES ARCHIVES DU VATICAN
Emmanuel Ludot insiste aussi sur l’indispensable reconstruction des victimes. Ce travail passe, selon lui, par un accès aux archives concernant les prêtres impliqués. Les faits très anciens dont il est question sont pénalement prescrits comme on le sait. Mais le juriste rappelle que leur prescription civile ne court qu’à partir du moment où les victimes sont consolidées. Ce qui n’est évidemment pas le cas pour celles qui se manifestent auprès de l’association ECLATS. C’est la raison pour laquelle Emmanuel Ludot assigne le Vatican en responsabilité dans ce dossier. Ce recours vient ponctuer la mise au point du souverain pontife après les déclarations des huit victimes qu’il a longuement reçues à Lourdes au cours de sa visite en France. Elles se sont félicitées de sa « reconnaissance du caractère systémique » des violences sexuelles dans l’Eglise. Ce que le Pape a tenu à nuancer : « Je préfère l’exprimer autrement, même si j’ai effectivement parlé de certaines organisations au sein de l’Eglise qui parfois, si l’on peut dire, ont commis des abus en tant que système. »



