Elle a passé 4 Heures devant le lycée Roosevelt de Reims, au plus fort de la manifestation du 1er Octobre. Des images la montrent brandissant une impressionnante barre de fer. Les vitres de l’établissement n’ont pas résisté non plus à son jet de pierre. Le procès de cette jeune fille au regard perdu n’a rien expliqué de la colère lycéenne. Ni du mal être de cette multirécidiviste à peine majeure, et déjà sous bracelet électronique.
Une silhouette frêle, noire de pied en cap, comme sa chevelure bouclée, comme ses yeux toujours grands ouverts. L’attelle qui immobilise le bras gauche raconte une interpellation musclée. Fragilisée par de précédents corps à corps avec la police, l’épaule a souffert une fois de plus. Même si elle tente de témoigner du plus grand respect à ceux qui la jugent, c’est une révoltée qui leur parle.
UNE VIOLENCE GRATUITE
Dans les affrontements entre lycéens et force de l’ordre ce matin du 1er Octobre les tirs de mortiers ont commencé avant 6 heures. Et la silhouette noire en tête de cortège a été vite repérée, parce que les images montrent « quelqu’un qui veut en découdre. Votre barre de fer fait 2 mètres de long » souligne la présidente du tribunal. Jugée en comparution immédiate, elle ne conteste ni la barre de fer, ni le jet de pierre. Mais elle ne veut passer pour une meneuse qui poussait les manifestants à s’en prendre au force de l’ordre. « En aucun cas je n’aurais fait ça sous bracelet électronique. Ces gens là ça pourrait être mes parents. Ils sont là pour protéger la ville.» Elle justifie sa présence sur les lieux par un coup de fil de sa tante. Inquiète pour sa fille, elle lui a demandé d’avoir l’œil sur sa cousine dans la manifestation. « Les images de vidéosurveillance ne montrent pas une personne qui surveille sa cousine » lui répond la présidente. « J’aurais dû réfléchir autrement, vous avez raison, j’ai agi sur un coup de folie.» Et comme le fait remarquer la procureure, elle a finalement passé 4 heures à l’endroit le plus chaud de la ville ce matin-là.
MAIS QU’ALLAIT-ELLE FAIRE DANS CETTE GALÈRE ?
Ce bracelet électronique qu’elle porte depuis deux mois, c’était vraiment sa dernière chance d’échapper à la détention, après 5 condamnations déjà. Outrage aux forces de l’ordre, dégradations, port d’armes, menace de mort d’un vigile, conduite sans permis, refus d’obtempérer… Elle aurait pu s’astreindre sagement cette fois à la préparation de son CAP en électricité dans l’entreprise de son frère aîné. Il fait tout pour l’aider. « Mon frère c’est mon pilier dit-elle. » Et un peu plus tard : « Je suis quelqu’un qui oublie très très vite. Ce n’est pas parce que je m’en fous. » Plutôt découragée, son avocate le confie en marge de l’audience : elle n’est pas laissée à elle-même. La justice, les services sociaux… Nombreux sont ceux qui s’évertuent à la remettre dans le droit chemin, mais c’est en vain. Dans sa plaidoirie, elle a rappelé l’enfance perturbée de sa cliente. Il a fallu placer la petite fille pour la protéger des pratiques incestueuses de son père. Mais «les difficultés familiales n’excusent pas tout » a par ailleurs admis Maître Basset en commençant à plaider. Il est pourtant fréquent que les violences sexuelles fabriquent des révoltés. Le déchaînement de la jeune fille en noir lui vaut, cette fois, une peine de 18 mois de prison ferme. Ce qui provoque évidemment ses pleurs et sa colère… sans grand rapport avec la contestation lycéenne.



