L’OR DE CLÉMENT NOEL, AVEC UNE ÉMOTION TOUTE PARTICULIÈRE À VENTRON DANS LES VOSGES

La médaille d’or de Clément Noël à Pékin a enthousiasmé ceux de Ventron parce que  cet enfant du Mesnil, tout près de là, a fait ses débuts dans ce club de ski vosgien. Sa gloire rejaillit sur ce lieu magique, comme l’a fait en son temps la sélection historique des 3 sœurs Leduc aux JO de Squaw Valley.  C’était en 1960. Ironie du sort, la prouesse de Clément Noel arrive à un moment où le sauvetage de ce site touristique en liquidation pourrait être conditionnée par la fermeture de sa station de ski.

Devant son écran de télévision l’ex championne Marguerite Leduc a retrouvé sa jeunesse quand Clément Noël a signé sa victoire à Pekin.  “Il a une façon à lui d’enclencher les virages que les autres n’ont pas” dit-elle. Il faut dire que le slalomeur aujourd’hui couvert de gloire a commencé à l’US Ventron. Et très précisément sur les pentes où son aînée a pratiqué le ski avec ferveur, peut-être même  avant de savoir marcher.

VENTRON BRILLE A NOUVEAU

Marguerite  Leduc  glissait alors sur les lattes de bois que son père façonnait pour chacun de ses 11 enfants. Emile Leduc, cuisinier de son état, a repris les rênes de la ferme auberge de l’Ermitage du Frère Joseph sur les hauteurs de Ventron, entre les deux guerres. Le ski était alors un moyen de se déplacer incontournable. Chez les Leduc, il a permis à plusieurs de ses enfants d’accéder à une notoriété planétaire. En particulier quand trois des filles de la fratrie  ont été sélectionnées au JO de Sqaw Valley en 1960. Marguerite, Anne Marie  et Thèrèse, la plus douée, qui a manqué de peu le podium.

Thèrèse, Anne Marie et Marguerite leduc
Trois sœurs vosgiennes aux JO de Squaw Valley

La compétition leur a fait découvrir les stations de ski les plus en vue du moment. Elles en sont revenues avec des idées plein la tête, et beaucoup d’énergie. De quoi faire prospérer l’entreprise familiale, à une époque où la neige était assimilée à de l’or blanc. Le neveu qui leur a succédé en 1995 a connu des années moins fastes. La neige se faisait trop souvent attendre. Les remontées mécaniques devenaient un gouffre financier. Thibaut Leduc préconisait leur abandon au profit d’une offre “4 saisons” et haut de gamme, dédiée au tourisme vert et au bien être. Mais il n’a pas toujours été compris, alors que  des stations de ski de moyenne altitude se fermaient par centaines. Il a mis fin à ses jours en Mai dernier.

AUTRES TEMPS

Ceux qui l’ont bien connu se sont souvenus, pendant les jeux de Pékin, de ce club de chefs d’entreprises que le patron de Ventron  avait su mobiliser pour sponsoriser les espoirs du ski vosgien. Clément Noel en a bénéficié. Sa médaille d’or  rend un peu de sa superbe à la station de Ventron… juste au moment où son avenir se joue au Tribunal de Commerce d’Epinal*. La SAS Leduc est en liquidation judiciaire. Une candidature tient la corde pour la reprise du site. Le passé professionnel des deux hommes qui la portent est prometteur. Alexandre Keff est propriétaire du domaine de Klaus en Moselle. Pierre Singer a longtemps dirigé le parc de Sainte Croix à Rhodes. La présentation de leur projet est ici :  https://remiremontinfo.fr/2022/01/ventron-alexandre-keff-pierre-singer-presentent-projet-de-reprise-de-station/

UNE AUTRE ÉPOQUE

Brigitte Vanson, la maire de Ventron y est très favorable même s’ils annoncent qu’ils n’assumeront  pas la gestion de la station de ski et de son école. Malgré sa passion pour le ski, Marguerite Leduc est elle aussi  persuadée que la prospérité  de Ventron est aujourd’hui ailleurs que sur les pistes. Mais elle veut croire que la performance de Noel Clément n’en rejaillira pas moins sur l’histoire prestigieuse du lieu. “Une victoire olympique, dit l’octogénaire, ce n’est pas éphémère, ça rebondit d’autant plus que les gens ont le souvenir du passé. Ça reste.” Il faut y croire. L’histoire de Ventron n’a pas fini de s’écrire. La médaille d’or du vosgien du Menil peut être reçue comme un bon présage.

*Le Tribunal de Commerce d’Epinal a accepté l’offre de reprise  d’Alexandre Keff le 1er Mars 2022. 

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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