SOLIDARITÉ POUR LES MIGRANTS À REIMS

C’est un conte de Noel dont la fin heureuse reste à écrire. L’histoire commence un soir d’hiver. Jennifer  maraude comme elle le fait régulièrement.  Cette jeune musulmane est très engagagée au sein de l’ONG Saint Vincent de Paul pour secourir les  sans abris. Elle côtoie la misère tous les jours. Mais cette fois elle découvre une mère et son enfant de 6 ans allongés  à même le sol dans un froid glacial. Insupportable, d’autant qu’il n’y a pas qu’eux sur le macadam. D’autres réfugiés grossisent ce campement de fortune devant le Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile de Reims. Dans l’urgence, Jennifer trouve des tentes et des couvertures, elle reloge les plus fragiles comme elle peut, chez  elle ou chez des amis. Et puis elle lance un appel aux dons sur internet. La communauté musulmane est la plus prompte à réagir. Cette formidable générosité citoyenne a permis  de loger une trentaine de réfugiés à l’hôtel…mais jusqu’à quand ? Des associations et des particuliers se mobilisent. Regroupés au sein du Collectif 51 de soutien aux exilés ils viennent d’interpeller les élus et les services de l’Etat pour les rappeler à leur devoir : la loi fait obligation de fournir un hébergement d’urgence à toute personne en situation de détresse, sans condition de régularité de séjour. Pas de réponse.

 

Les bénévoles sont à l’œuvre

L’hôtelier offre les petits déjeuners aux réfugiés qu’il loge grâce aux dons collectés par Jennifer. Tous les soirs lune salle paroissiale de Reims est ouverte à cette trentaine de migrants pour le souper. Le repas est offert et préparé par des femmes musulmanes. Ce rendez vous est  aussi l’occasion d’assister les réfugiés. Ils sont arméniens, bosniaques, albanais, nigérians….Aidés par des traducteurs,  les associations  les accompagnent dans leur démarches : scolariser les tout jeunes enfants-c’est une obligation en France-, prendre rendez vous pour les soins les plus urgents, et surtout, obtenir le statut de réfugié quand c’est possible. L’ambiance est chaleureuse, tout le monde s’efforce de  faire bonne figure pour  répondre à la gaieté de Jennifer, mais les sourires sont forcés.

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Peu d’empressement de l’Etat

L’inquiétude se lit sur les visages parce que le bout du tunnel est encore loin. Comme pour cette famille d’arméniens persécutée, explique le père, parce qu’elle appartient à une  obédience chrétienne qui n’a pas les faveurs du régime. Commerçant prospère dans son pays, il a pu payer pour s’assurer  les services d’un passeur. Dix mille euros pour finir sur le trottoir du CADA  avec son épouse et sa fille. Le visage fatigué, elle va de l’un à l’autre pour demander les comprimés qui pourraient la soulager. Elle est à l’âge ou les dents de sagesse vous font souvent souffrir. Cet autre couple de géorgiens opposé au régime a pu fuir son pays en payant là encore le prix fort . Mais le plus dur reste à faire. Leur petit garçon de 6 ans s’appuie sur la table, manifestement lassé d’attendre des jours meilleurs. Tous ont entrepris des démarches  pour tenter de régulariser leur situation. Premier rendez vous  mi Janvier ! Et en attendant ?Quand ils appellent le 115 on leur répond que les structures d’accueil sont saturées. Certains ont commis l’erreur de dire qu’ils étaient hébergés à l’hôtel. L’effet pervers de cette formidable générosité, c’est qu’elle fait disparaître le problème. Le principe de non assistance à personne en danger se dissout dans les procédures administratives  disent  les associations. Dans un courrier datant du 15 Décembre le Collectif 51 de soutien aux éxilés a interpellé les élus , les collectivités et les  services préfectoraux : la loi impose à l’Etat  d’organiser un hébergement d’urgence. Aucune réaction pour l’instant.

*Le Collectif 51 d’aide aux éxilés, comprend des citoyens independants et une quinzaine d’associations .

 

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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