CHAMPAGNE : LE SYNDICAT DES VIGNERONS CONFORTE SON PRÉSIDENT

LES DÉFIS DU TROISIÈME MANDAT DE MAXIME TOUBART

Le vigneron de Le Breuil vient d’être réélu pour deux ans à la tête du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne avec les 9 membres du bureau
A l’aube de son troisième mandat, Maxime Toubart veut d’abord compter sur le bel avenir des champagnes de vignerons.

LES VINS DE TERROIR SE VENDENT MIEUX

Et il est vrai que ces vins, “bien élaborés, bien présentés, et biens vendus”, dit-il , se montrent capables de renverser une tendance au tassement des expéditions bien ancrée depuis 10 ans et  jusqu’ici très préoccupante. Alors que le chiffre global des ventes accusent un recul de 1,6% en 2019, les champagnes de propriétaires ont progressé de 0,8%, et malgré le recul de leur marché de prédilection : la France. Ce qui signifie que les vins de terroirs ont appris à se vendre à l’export. Le Président du SGV aurait de quoi se rassurer si l’expansion du Coronavirus ne menaçait si fortement l’activité économique…tout comme le risque d’une taxe Trump dont personne n’ose affirmer qu’il est définitivement écarté. Alors il faut essayer de voir un peu plus loin. Espérer que la transition environnementale se transformera pour les champenois en une opportunité d’aller vers une production vertueuse.

VERS UNE PRODUCTION VERTUEUSE

Le vignoble en est bien conscient selon Maxime Toubart. “Je l’ai constaté à l’occasion d’une assemblée qui réunissait 800 vignerons il y a quelques jours. Certains vont plus vite que d’autres, certains sont réticents, chacun va à son rythme, mais tout le monde y va.” Car le vignoble ne peut échapper aux exigences du marché. Sans doute l’annonce du groupe Moët Hennessy de renoncer aux herbicides d’ici la fin de l’année a-t-elle donné le ton. “Il y a celui qui vend ses bouteilles, et celui qui vend son raisin. Il doit être en accord avec la maison qui achète. En tout cas la filière avance”. C’est un gros défi pour les années qui viennent, ce n’est pas le seul. La gestion du potentiel de production de la Champagne en est un autre. La libéralisation des plantations voulue par l’OCM, Organisation Commune des Marchés Agricoles, a été repoussée jusqu’en 2030, pas plus loin. Pour les champenois passés maîtres dans l’art d’adapter l’offre à la demande, cette perte de contrôle est tout simplement inenvisageable, même à l’échéance d’une décennie.

CONTRÔLER LES PLANTATIONS

Parce que “la force de la Champagne, c’est d’avoir réussi jusqu’ici à planter selon ses besoins”. Voilà comment ce bouleversement historique que représente la révision de l’aire d’appellation Champagne, n’est plus l’unique grand dossier de la décennie. Reste que ce qui s’annonce à l’horizon 2005 et après, c’est que des terres agricoles estimées à quelques milliers d’euros l’hectare, soient classées en terres à champagne, comme celles qui se négocient largement au delà du million d’euros. Cette extension de l’aire d’appellation (autour de 10 000 hectares) devrait s’appliquer d’ici 5 ans. “Je salue la qualité du travail accompli”, commente le patron des vignerons pour couper court aux rumeurs de partialité qui entachent parfois les choix des experts. Mais l’essentiel est ailleurs. Car il s’agit d’abord pour les professionnels du champagne de s’ajuster aux besoins d’un marché dont la progression s’infléchit depuis 4 ans. “L’extension de l’appellation ne signifie pas qu’on plantera 200 hectares tous les ans, précise Maxime Toubart. Les deux dossiers (extension, libéralisation) sont donc étroitement liés. Et que fait-on par ailleurs des quelques dizaines d’hectares de vignes qui vont quitter l’appellation ? Le SGV devra rendre un avis éclairé sur cette question.”

LA VIGNE AUX MAINS DU VIGNOBLE

La nouvelle carte de L’AOC champagne n’est pas la seule source d’inquiétude pour le syndicat des vignerons. Il n’est pas rare que le prix d’un hectare de leurs terres s’approche du million et demi d’euros. Mais cette explosion du foncier a des effets pervers.La transmission des exploitations, dénonce Maxime Toubart, est soumises à des taxes exorbitantes. Elle coûte beaucoup trop cher.” Le résultat c’est que les grandes maisons sont aujourd’hui les seules à pouvoir acquérir les parcelles qui sont à vendre. (Lire par ailleurs : http://www.moniquederrien.com/de-vigne-en-vigne-les-conquetes-du-grand-negoce/) C’est un phénomène qui menace le fameux équilibre entre négoce et vignerons, celui qui a fait la prospérité de la Champagne. Il s’agit donc bien pour le président du SGV de différencier l’outil de travail du capital. “Vendre une vigne, c’est autre chose que de la transmettre”. Le message à parfois du mal à passer, parcequ’il est compliqué de se plaindre d’être riche.

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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