MONIQUE OLIVIER : DES EXPERTISES A COUTEAUX TIRÉS

Pour tenter d’éclairer la personnalité de Monique Olivier aux Assises des Hauts de Seine, 8 experts, psychologues et psychiatres, se sont succédés à la barre. Monique Olivier est condamnée à la perpétuité depuis le procès de Charleville en 2008. L’enjeu ne porte donc pas sur le quantum de la peine qui sera prononcée. Mais il faut tout de même tenter de sonder l’insondable. Depuis ses premiers aveux en 2004, c’est bien Monique Olivier  qui a permis d’élucider nombre de disparitions martèle son avocat. Et ne pas respecter sa parole, dit en substance maître Delgenes, c’est prendre le risque de la faire taire.

Cette “journée des experts” est un combat. Il se prolongera jusqu’à minuit.  Le camp de la défense s’appuie les toutes premières expertises belges, un peu négligées jusqu’ici,  et sur un  collège de jeunes chercheurs, récemment mandaté par la juge Kheris. L’accusée dont ils brossent le portrait n’est pas celui d’une diabolique dotée d’une intelligence supérieure. Et c’est inaudible pour les parties civiles qui veulent s’en tenir à la version d’une manipulatrice au moins aussi perverse que Michel Fourniret. Le clivage est sans doute  extrêmement perturbant pour les jurés, parce qu’il dit tout de la difficulté de juger.  

LA PEUR 

Au commencement, il y a eu les experts belges. Ils ont été les tous premiers à approcher Monique Olivier après ses aveux aux enquêteurs de Dinan en 2004. Gauthier Pirson décrit une femme dépendante, soumise, particulièrement anxieuse, peu connectée à la réalité. Sa fascination pour Michel Fourniret s’est opérée au moment du fameux échange épistolaire qui lui a permis de faire la connaissance de son futur mari alors qu’il était détenu pour une série  de viols. Elle ne quitte pas le tueur en série, dit-il, parce qu’elle préfère conserver ce lien  plutôt que d’être seule. Dans le rang des parties civiles, Corinne Hermann  se demande si Monique Olivier ne prend pas sa part de plaisir dans les violences de Michel Fourniret, ce que l’expert exclut. “Quand même, on a franchi toutes les limites dans ce dossier, on aimerait comprendre son fonctionnement  rappelle un assesseur. -Notre mission, répond l’expert, et de définir une personnalité, pas d’expliquer l’inexplicable. C’est le mode de dépendance de Monique Olivier qui en fait une personne dangereuse. – Tire-t-elle une jouissance du mal qui est fait ? demande son avocat à l’expert. Moi je pense que non.“

LA GRANDE AFFAIRE DU QI 

En 2008, à Charleville, vous étiez aux antipodes des psychologues français, rappelle la défense, notamment sur le QI de Monique Olivier. -Oui, c’était assez pénible. Ils avaient évalué un QI à 132 pour l’accusée, alors que nous étions à 95 un a plus  tôt. Le président de la Cour d’Assises des Ardennes a même ironisé sur le QI belge, différent du QI français”. Gauthier Pirson ajoute qu’il a d’ailleurs très peu apprécié ce trait d’humour. Sans doute s’est-il senti moins seul quand son confrère marnais a déposé à Nanterre peu après lui. Mickael Morlet-Rivelli ( image ci-dessus) a travaillé sur ce dossier avec deux autres chercheurs. C’est la Juge Sabine Kheris qui l’a désigné comme expert. Sans aucun ménagement, le quadragénaire lamine le rapport de ses ainés, Ployé et Herbelot, dont les travaux ont annoncé un QI à 132 il y a vingt ans. Les débats sont particulièrement tendus, chacun s’accordant pourtant sur le fait que le QI n’a aucune influence sur la capacité de nuire d’un criminel. A ceci près que le portrait de Monique Olivier s’est dessiné depuis des  année, sur le fondement d’une intelligence supérieure, et donc…manipulatrice. Voila comment le QI reste  un enjeu central du débat.

LA PSYCHOLOGIE ET LA SCIENCE 

Mikael Morlet-Rivelli a  auditionné l’accusée pendant 38 heures, il a passé 9 mois sur ce rapport de 89 pages, après les 29 tests “scientifiquement validés” qu’il an appliqués à Monique Olivier. La rigueur scientifique faisant cruellement défaut, il insiste,  dans l’évéluation  qui a fait grimper le score de l’accusée à 132. Au delà de l’enjeu de cette expertise a particulière, le chercheur veut convaincre la Cour que l’expertise psychologique doit s’appuyer sur des mesures scientifiques. Du côté des parties civiles, maître Seban tente tout simplement de stopper la démonstration magistrale. Mais l’expert est conforté par le président de la cour. S’en suit un exposé, sans doute un peu trop pointu pour être assimilé par des jurés d’assises, à une heure aussi tardive. Au moins ont-ils compris que la personnalité d’un sujet se détermine par sa façon d’utiliser son intelligence. Conclusion de cette somme : Monique Olivier est réservée, influençable, naive, anxieuse, dépendante, et dénuée de toute empathie . Elle a souffert de carences affectives, elle est assujettie. Et donc elle fait ce que son mari lui demande pour se faire aimer, sans qu’elle soit pour autant sa victime. Ce “contrôle coercitif” autrefois dénommé emprise, s’est mis en place dès l’échange épistolaire du couple. La responsabilité de Monique Olivier n’est pas discutable pour le praticien, mais il doute de sa capacité psychologique à agir autrement. 

DE L’EXAMEN CLINIQUE  A L’ANIMOSITÉ 

L’avocat de la défense boit du petit lait. Il faut dire que les psychologues convoqués l’après midi  n’ont pas épargné sa cliente. Pour Jean Luc Ployé, c’est elle qui a donné le “permis de tuer” à Michel Fourniret. “Elle est responsable de l’explosion de Michel Fourniret” dit aussi Philipe Herbelot, tandis que Colette Prouvot la situe dans une perversité absolue, parce qu’elle prend du plaisir dans la souffrance de l’autre. Et que dire du rapport accablant de la psychiatre, le lendemain de ces passes d’armes ? Saluée par Didier Seban, le docteur Isabelle Teillet pilone un rapport sans concession. “Elle n’a jamais été un frein. Elle était un accélérateur.” Pour la psychiatre, “la nunuche qui se victimise “ à outrance est “grisée quand Michel Fourniret tue ses petites rivales”. Et la description  d’une femme soumise  et malheureuse n’est  définitivement pas entendable. L’évolution récente de Monique Olivier vers un debut d’ouverture est admise à regret. Une forme d’animosité semble s’installer dans le prétoire. Richard Delgenes tente de nuancer les propose de l’experte, mais les échanges s’enveniment. Il faut y renoncer. Les délibérations des jurés relèveront le défi en début de semaine prochaine. 

 

 

 

 

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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