MURIELLE BONIN COMPLICE DANS L’ASSASSINAT DE LA COIFFEUSE…JUSQU’OÙ ?

L’ex maîtresse de Sylvain Dromard comparait  devant les Assises de l’Aube pour complicité dans l’assassinat de la coiffeuse de Saint Martin d’Ablois le 15 Juillet 2010, alors qu’elle était initialement poursuivie pour non dénonciation de crime dans ce dossier. Sa peine de  18 années de réclusion criminelle, prononcée il y a 14 mois en première instance à Reims, ne peut pas être alourdie cette fois ci, parce que le procureur n’a pas fait appel du premier verdict. Détruite par la détention, cette femme de 53 ans doit pourtant faire face aux  soupçons  les plus lourds à l’occasion de ce second procès.

 

Sylvain Dromard, l’ancien amant de Murielle Bonin est  jugé quant à lui pour l’assassinat de son épouse. Et il ne s’est pas privé d’en accuser sa maîtresse dès les premières minutes de l’audience. Il l’avait déjà fait pendant sa garde à vue, 4 mois après le drame, mais sans jamais revenir sur cette accusation pendant le premier procès. Il l’a fait clairement cette fois-ci, comme s’il fallait en passer par là pour étayer son innocence. Car il n’a jamais reconnu le crime effroyable qu’on lui reproche : la mère des deux  jeunes filles qu’il chérit, sauvagement frappée à coup de batte de base ball dans leur maison de Saint Martin d’Ablois, tout prés du salon de coiffure qu’elle tenait de main de maître, en femme travailleuse, d’humeur toujours égale malgré les affronts que lui faisait subir son mari. Cet artisan prospère, alors dans la force de la cinquantaine est immanquablement qualifié d’homme à femmes ou de coureur de jupons par tous ceux qui l’ont approché. Il ne s’en cachait pas, c’était sa fierté. Plus que ses passades coutumières, sa liaison tumultueuse et torride avec Murielle Bonin s’est prolongée sur prés de trois ans au delà même de cette nuit sanglante.

À QUI PROFITE LE CRIME ?

Sylvain Dromard  bien installé dans sa double vie n’éprouvait pas le besoin de quitter  sa femme, il l’a rappelé devant la Cour. C’est Murielle Bonin qui le pressait de divorcer. Les SMS sont cités à l’audience par les enquêteurs. Ce sont des ultimatums avant la date butoir du 17 Juillet qui devait voir partir le couple et ses deux filles en camping-car pour des vacances rêvées, comme  ils n’en avaient jamais eues. Et les messages de la maîtresse, désespérés ou péremptoires, peuvent être lus comme une incitation à rompre…ou à tuer. Le soir du 15 juillet elle se rend chez une amie qu’elle ne voyait plus, l’incitant à mentir sur la durée  de sa visite pour se fabriquer un alibi. Rien ne confirme sa présence sur les lieux du crime mais elle ne peut pas être tout a fait écartée. Et puis il y a tous ces téléphones portables, brulés jetés à l’eau, rachetés sous d’autres noms que le sien, le disque dur de l’ordinateur détruit…Sans parler de l’amour fou qu’elle continue à exprimer dans une lettre adressée à son amant, lui dont elle sait  qu’il a sauvagement tué Laurence Dromard. A quoi s’ajoutent ces retrouvailles secrètes en voiture ou à l’hôtel. A-t-elle su qu’il tuerait avant qu’il ne tue ? A-t-elle compris qu’il allait tuer  quand il était déjà trop tard ? Ce qui est sûr c’est que l’attraction des deux amants n’a pas cessé de s’exercer. Dans ces moments là  Murielle Bonin  n’ignorait pourtant rien de ce qu’il avait fait subir à sa rivale.

L’AMOUR AU DE LÀ DE TOUT

Les coups de batte ball à la tête – entre 9 et 11 selon les experts – l’ont laissée dans une mare de sang. Une agonie qu’il a fallu écourter comme le lui a raconté Sylvain Dromard. Il avait laissé sa victime pour morte avant  de partir  se montrer au Magellan, à Epernay, pour une visite professionnelle ostensible aux patrons du bar. Mais quand il revient, Laurence Dromard respire encore.  Elle le regarde fixement. Alors il l’étouffe avec un torchon avant d’appeler les secours. Il annonce un cambriolage, parce que c’est ce qu’il a tenté de mettre en scène, avant de signaler  l’agression de sa femme. A l’audience les gendarmes s’étonneront d’ailleurs de l’attitude de ce mari  qui s’inquiète bizarrement pendant qu’on tente de réanimer sa femme : »Est-ce qu’elle va pouvoir parler ? « . « Son comportement est forcé, ochestré, pas naturel . « Il donne son emploi du temps sans qu’on le lui demande  » dit un gendarme. Murielle Bonin a eu très vite les terribles réponse aux questions que les enquêteurs se posent, mais elle les garde pour elle jusqu’aux dernière heures de sa garde à vue 4 mois plus tard. En attendant, elle continue à le couvrir, à l’aimer. L’arme du crime ?  C’est la batte de base ball qu’il a prise dans sa cuisine. Elle l’avait achetée sur son conseil pour se protéger après  la visite mouvementée que Laurence Dromard lui avait faite  au mois d’Avril. Elle en était ressortie le visage tuméfiée, dans l’incapacité de travailler pendant 5 jours. Cette arme, Sylvain Dromard l’a brûlée après le crime. Alors elle en cherche une autre, dans tous les magasins de la région, pour finalement la trouver à Besançon. Les enquêteurs ne doivent pas s’étonner de sa disparition. Elle fait face à cette insoutenable situation sans craquer. « J’ai été manipulée soumise et violentée ». Ce sont ses mots à l’ouverture du procès. Murielle Bonin était pourtant une femme de tête, une assistante de direction hors pair. Les expertises ne confirment pas ce caractère manipulable. Son ex mari et son compagnon actuel  sont cités comme témoins par la défense. Ils tenteront de convaincre les jurés qu’elle n’est pas une criminelle. Mais  huit jours d’audience ne suffiront pas à percer le mystère de sa personnalité.

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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