VENDANGES EN CHAMPAGNE : LES CHOIX SONT FAITS

La vendange est prometteuse en Champagne. Elle est prévue dans les 10 premiers jours de Septembre. Les vignerons et les maisons de champagne ont fixé le rendement de la récolte à 11 400 Kg de raisin à l’hectare. Ce qui représente une production de 323 millions de bouteilles. La décision s’appuie sur la qualité de la récolte et sur les perspectives du marché. Cet arbitrage savamment dosé devrait garantir la prospérité de l’appellation .  

 

 En Septembre prochain, les champenois vont donc récolter de quoi produire 323 millions de bouteilles, ce qui est supérieur aux  ventes qui s’annoncent pour 2023. Les expéditions de la Champagne au premier semestre ne représentent «que» 125,8 millions de bouteilles, soit un recul de  4,7 %  par rapport à l’an passé sur ce premier semestre 

UN OPTIMISME RAISONNÉ 

L’année 2022, avec une hausse de 14%, avait été exceptionnelle. Le tassement actuel des expéditions est un contrecoup prévisible. Le Comité Champagne, qui rassemble les vignerons et les maisons de Champagne, reste donc confiant. Il table sur des expéditions de 314 millions cols d’ici la fin de l’année. Il anticipe par ailleurs les besoins sur les 4 années à venir. La  baisse régulière des rendements agronomiques de l’appellation, moins 26% en 12 ans, impose la prévoyance. Il faut tenir compte des maladies de dépérissement de la vigne, du vieillissement du vignoble et plus particulièrement des aléas climatiques. Le débourrement de la vigne intervient plus tôt qu’autrefois, ce qui expose régulièrement les bourgeons aux gelées. Sans doute échaudés par le choix d’un rendement trop bas en 2020 (on craignait alors les conséquences de la pandémie sur le marché), les partenaires champenois annoncent dans un communiqué qu’ils ont  «décidé de profiter pleinement des belles années, quand elles sont là, pour améliorer encore la capacité de résilience de la filière.»

UNE BELLE RÉSERVE, PAR SÉCURITÉ 

A cette vendange fraîche de 11400 kilos commercialisables  s’ajoute donc la possibilité de récolter 10 000 kilos supplémentaires qui seront mis en réserve sous forme de vins clairs. Cette réserve était plafonnée à 8000 kg depuis 2011. Le comité national de l’INAO devrait officiellement en valider  l’augmentation le 7 septembre prochain. On parle ici d’une particularité champenoise très enviée des autres appellations. C’est la réserve interprofessionnelle qualitative qualifiée  d’«assurance récolte» par le Président du Syndicat Général des Vignerons, Maxime Toubart.  Elle permet de stocker des vins clairs quand la vendange est belle et abondante. Ils peuvent être réinjectés sur le marché ultérieurement, après leur deuxième fermentation, si la vigne est moins généreuse. C’est ce qui permet d’atteindre, en dépit d’une éventuelle mauvaise récolte, le rendement commercialisable fixé par l’interprofession pour équilibrer le marché. Toutes les précautions sont donc prises cette année pour optimiser cette exception champenoise. 

UNE GESTION AU CORDEAU

 Pour déterminer le rendement commercialisable de l’année, les vignerons et maisons se sont accordés sur des prévisions d’expéditions pour les quatre prochaines années qui tiennent compte, à la fois, de notre confiance dans l’appellation, et d’une certaine prudence en ce qui concerne la conjoncture économique mondiale et les effets de l’inflation » précise David Chatillon, le président des maisons. Ces décisions du Comité Champagne sont jusqu’ici bien accueillies, en particulier par la  Présidente de la Fédération des Vignerons Indépendants. Christine Sevillano se dit satisfaite du niveau de rendement. Il est conforme à ses préconisations. Il permet aux exploitations d’atteindre leur seuil de rentabilité (qui se situe à 11000 kilos) et d’investir pour se lancer dans l’exportation, ce qui devient indispensable, ou moderniser  l’outil de travail les exploitations. La réflexion engagée sur les 4 années à venir par le Comité Champagne est  un autre motif de satisfaction pour la patronne des indépendants qui déplorait jusqu’ici un effet yoyo sur les rendements, difficilement conciliable avec une bonne gestion des entreprises.    

 

Monique Derrien

Reporter puis grand reporter à Radio France de 1987 à 2016. Prix du Grand Reportage de Radio France. Chronique judiciaire régulière et assidue des petits et grands procés : Chanal, Heaulme, Fourniret. Attention soutenue sur les audiences et faits de société et sur la politique, un peu. Parce qu'ils disent presque tout du monde qui nous entoure. Intérêt marqué pour la culture, la gastronomie et le champagne. Celui qui se boit et celui qui a su si bien se vendre jusqu'ici.

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